Et, disant cela, il s'en fut à la grange. Ma mère me prit par la main et le suivit. Lorsqu'il eut vu les bœufs, M. Laborie fit sortir les brebis de l'étable et, tout en les regardant, il marmonnait entre ses dents, pensant que je n'y prenais garde:
—Eh bien! tu ne veux donc pas être raisonnable?… Voyons! Je te porterai un joli mouchoir de tête de Périgueux, dis?…
Ma mère ne lui ayant pas répondu, après avoir tourné, viré, M. Laborie s'en alla, disant toujours sur le même ton:
—Tu t'en repentiras! tu t'en repentiras!
Le surlendemain, tandis que nous mangions la soupe, vers le coup de neuf heures, la chienne gronda sous la table, et le garde Mascret, survenant, s'arrêta sur le pas de la porte:
—M. Laborie vous fait dire, par l'ordre de M. le comte, d'avoir à vous défaire de votre chienne, au premier jour; si on la trouve encore ici, il la fera tuer.
—Que le bon Dieu préserve M. le comte, et celui qui vous envoie, de commander ça!—dit mon père en serrant les poings et en regardant Mascret, les yeux pleins de colère;—et vous, n'en faites rien, sans quoi il arrivera un malheur!
—Pourtant, si on me le commande, il faudra bien que j'obéisse, dit le garde; à votre place, moi, je vendrais la chienne. M. le comte assure, que, d'après les anciennes lois, un paysan ne peut avoir de chien de chasse, qui n'aie le jarret coupé.
—C'est bon, fit mon père, rapportez-leur seulement ce que je vous ai dit.
Il y eut un moment de silence après le départ de Mascret, puis ma mère fit: