—A la garde de Dieu!—repris-je en lui versant deux doigts de vin;—nous sommes l'un et l'autre forts et courageux; j'ai la foi que nous nous tirerons bien des misères de la vie… A ta santé, ma Bertrille!
—A la tienne, mon Jacquou!
Et, ayant trinqué et bu une dernière fois, comme il faisait froid, nous allâmes vers le foyer, en continuant à deviser.
Nous restâmes là longtemps. Le chien, repu, dormait en rond dans un coin de l'âtre, et dans l'autre, assis sur la tronce, nous étions serrés l'un près de l'autre, ma femme ayant sa tête appuyée sur ma poitrine, moi l'entourant de mon bras.
Au dehors le vent d'hiver soufflait âpre et s'engouffrait parfois dans la cheminée, refoulant la fumée et faisant vaciller la flamme du chalel pendu au manteau. Je sentais contre moi le cœur de ma femme battre à coups sourds et répétés, et j'étais heureux.
Ma pensée se tournait vers le lointain de cet avenir où nous entrions tous deux, et tout en rêvant à cela, je regardais machinalement les branches se consumer lentement et se convertir en braise que l'air extérieur avivait.
Puis la braise se couvrait de cendre blanche et peu à peu le feu s'éteignait. A un moment, une forte rafale fit voler les cendres du foyer et éteignit le chalel:
—Il ne nous faut pas rester là, dis-je à ma femme en l'embrassant dans l'ombre.
IX
Mon histoire tire à sa fin. Les soixante ans qui suivent peuvent se conter brièvement: il n'y a que des événements communs.