Et, tirant son chapelet de sa poche, elle suivit avec moi.

L'Ave Maria sonnait comme nous arrivions au bourg de Bars. Les hommes posèrent la civière devant le portail de l'église, et l'un d'eux alla quérir le curé. Celui-ci vint, un moment après, jeta un coup d'œil froid sur le corps, et dit:

—Cette femme ne fréquentait pas l'église et n'a pas fait ses Pâques; elle reniait Dieu et la sainte Vierge; c'est une huguenote: il n'y a pas de prières pour elle… Vous pouvez la porter dans le coin du cimetière où la fosse est creusée.

Les hommes restèrent un instant étonnés, puis, reprenant leur fardeau, ils entrèrent dans le cimetière tandis que la vieille me disait:

—Si tu avais eu de quoi payer, il aurait bien fait l'enterrement tout de même… Jésus mon Dieu!

Dans un coin du cimetière, plein de pierraille, de ronces et d'orties, le trou était là tout prêt, et l'homme qui l'avait fait attendait. Sur la planche inclinée, les porteurs placèrent le corps et, autant qu'ils purent, le firent glisser doucement. Puis ils ôtèrent peu à peu la planche, et ma pauvre mère se coucha au fond du trou noir, où elle était à peine étendue que le fossoyeur commença à jeter la terre et les pierres qui tombaient sur elle avec un bruit mat…

Pendant ce temps la nuit était venue, et moi, noyé dans mon chagrin, j'étais debout, regardant comme imbécile la fosse qui se comblait. A côté, la vieille, à genoux, disait son chapelet. Après que l'homme eut achevé, elle se leva, fit un signe de croix et, me touchant le bras, me dit:

—Viens-t'en, mon petit, c'est fini.

Et je la suivis jusqu'au village où on la retirait dans une grange, et, lorsqu'elle m'eut fait monter, écrasé de douleur et de fatigue, je tombai sur le foin et je m'endormis d'un lourd sommeil.

IV