Je fus bien content de ces paroles, car je compris alors que le curé s'intéressait à moi et voulait me garder. A partir de ce jour, tous les matins, après la messe, il me montrait, deux heures durant; après quoi, il me donnait des leçons à apprendre dans la journée, et, le soir, il me faisait encore deux heures de classe avant souper. J'étais tellement heureux d'apprendre, et j'avais tant à cœur de faire plaisir au curé, que je travaillais avec une sorte de rage; de manière qu'il me disait quelquefois, le digne homme:

—Il faut se modérer en tout; à cette heure, va-t'en demander à mademoiselle Hermine, ou à M. le Chevalier, s'ils n'ont pas besoin de toi.

Alors je laissais là mes cahiers et mes livres, et je courais trouver la demoiselle Hermine, bien heureux lorsqu'elle me donnait quelque commission. J'allais chez les métayers chercher des œufs, ou une paire de poulets, ou à La Grandie quérir de la farine pour faire une tarte. Puis, lorsqu'on m'eut indiqué le chemin de Montignac et que la demoiselle m'envoyait acheter du fil, ou des boutons, et M. le Chevalier du tabac, ah! que j'étais content! On peut croire que je ne m'amusais pas en route. En partant de Fanlac, il y avait un mauvais chemin pierreux qui descendait dans le vallon par une pente très roide. Je dégringolais ce chemin en galopant et en sautant parmi les pierres comme un cabri, puis, ayant traversé les prés et le ruisseau qui va se perdre dans la Vézère à Thonac, je remontais, toujours courant, la côte du Sablou. Il me semblait qu'ainsi, en faisant grande diligence, je marquais ma reconnaissance pour la bonne demoiselle qui m'avait fait ma première chemise, sans parler d'autres depuis: elle m'eût fait passer dans le feu, certes, et j'aurais été heureux qu'elle me le commandât. Et puis elle avait si bien l'air de ce qu'elle était, bonne comme le bon pain, que rien que de regarder sa douce figure et ses cheveux blancs sous sa coiffe de dentelles à l'ancienne mode, je me sentais couler du miel dans le cœur.

M. le chevalier de Galibert était un très bon homme aussi, mais c'était un homme, et il n'avait pas toujours de ces petites idées délicates comme sa sœur. Il était bien charitable également, mais il n'aurait pas su deviner les besoins des pauvres, et n'avait pas, comme la demoiselle, ces façons aimables de faire le bien qui en doublent le prix. Avec ça, il était d'un caractère jovial, aimant à rire et à plaisanter, et il avait toujours à son service une quantité de vieux dictons ou sentences proverbiales dont il lardait son discours.

A un malheureux il disait:

Le diable n'est pas toujours à la porte d'un pauvre homme.

A celui qui se plaignait de sa femme:

Des femmes et des chevaux,

Il n'en est point sans défauts.

A un qui avait perdu son procès: