Lorsque je lui eus conté mon histoire, sans parler pourtant de l'étranglement des chiens ni de l'incendie de la forêt, le chevalier tira une tabatière d'argent de la grande poche de son gilet, prit une bonne prise, et donna cette sentence:

Cil va disant: «Noblesse oblige»,

Qui, maufaisant, ses pairs afflige.

Puis il s'en fut trouver le curé au jardin en marmottant entre ses dents:

—Décidément, ce Nansac ne vaut pas cher.

Deux jours après, j'étais habillé de neuf, et j'avais une chemise blanche. Mon pantalon et ma veste de droguet me semblaient superbes après mes guenilles; mais je continuai à aller tête et pieds nus.

—A ton aise, m'avait dit le curé; pourtant, le dimanche, il te faudra mettre les bas que la Fantille te fait, et tes sabots, pour venir à la messe.

Quel changement dans mon existence! Au lieu d'être par les chemins à chercher mon pain, sans savoir où je coucherais le soir, j'avais le vivre et le couvert, et tout mon travail consistait à aller puiser de l'eau ou fendre du bois pour la cuisine; à aider la Fantille au ménage, et le curé au jardin; je n'avais qu'une peur, c'est que ça ne durât pas.

Un soir, tout en arrosant, le curé me parla ainsi:

—Maintenant que te voilà apprivoisé, je vais t'enseigner à parler français d'abord, à lire et à écrire ensuite; après, nous verrons.