Et, en même temps, l'attirant un peu à moi, je l'embrassai, toute rougissante.
—Tu profites de ce que je suis trop bonne, Jacquou!
Je l'embrassai une autre fois, et je m'en fus, non sans regarder souvent derrière moi.
En m'en allant, il me semblait que j'avais des ailes, et que tous mes sens avaient crû soudain. Je trouvais le pays plus beau, les arbres plus verts, le ciel plus bleu. Je sentais en moi une force inconnue jusqu'à ce jour. Quelquefois, arrivant au pied d'un terme, j'étais pris du besoin de dépenser cette force; je grimpais en courant à travers les pierres et les broussailles et, parvenu en haut, je me plantais, les narines gonflées, et je regardais, tout fier, le raide coteau escaladé.
Lorsque j'entrai chez le curé, il était en train de causer avec le chevalier.
—Moi, j'en reviens toujours là, disait celui-ci: «Que diable vous veut-on?»
—Rien de bon, sans doute. Il y a là quelque tour de ces renards de jésuites, qui m'auront desservi à l'évêché.
Le lendemain matin, le curé, ayant emprunté la jument du chevalier, et ses houseaux, montait à cheval et partait pour Périgueux par les chemins de traverse, en passant par Saint-Geyrac.
—Bon voyage, curé! lui dit le chevalier, la jument est solide, mais tenez-la tout de même dans les descentes; vous savez le proverbe:
Il n'est si bon cheval qui ne bronche.