Et nous continuions à disputer et noiser en marchant, moi faisant de notre curé tous les éloges qu'il méritait, l'homme répétant tout le mal qu'il en avait entendu raconter, lorsque, à un moment donné, en face de la petite combe de Glaudou, sur une parole qu'il lâcha, touchant la demoiselle Hermine, je le pris au collet et je le secouai fortement:

—Bougre d'animal! je vois bien, à cette heure, que saint Rémy est un foutu saint, car tu as eu beau te frotter la tête, tu es resté plus bête qu'un âne!

Et lui, de son côté, m'ayant attrapé par le col de ma blouse, nous nous saboulions comme à prix fait, tandis que le melon roulait sur le chemin.

L'homme était plus âgé que moi de cinq ou six ans, mais tout de même je le jetai à terre, et je lui bourrai la figure à coups de poing, de manière que je lui fis saigner le nez. Ayant un peu passé ma colère, je le lâchai; il se releva, ramassa son melon qui s'était quelque peu écrabouillé en tombant, et, sentant qu'il n'était pas le plus fort, continua sa route, non sans me faire des menaces de nous revoir.

—Quand tu voudras, grand essoti! lui criai-je. Et, montant dans le coteau rocheux à travers les taillis de chênes clair-semés, je fus bientôt à Fanlac.

Je fis mon possible, en arrivant, pour ne pas rencontrer le curé, mais, justement, je m'en allai me jeter dans ses jambes. Il connut d'abord à ma blouse déchirée que je m'étais battu, et il me demanda à quel sujet. J'étais un peu embarrassé, ne voulant pas mentir, et ne voulant pas lui dire non plus de quoi il s'agissait. Pourtant, pressé de questions, je finis par lui avouer l'affaire:

—Ma foi, monsieur le Curé, c'est à cause de vous.

Et je lui racontai tout, excepté que l'homme eût parlé de la demoiselle Hermine.

—Mon garçon, me dit-il quand j'eus fini, je te sais gré du sentiment qui t'a porté à prendre ma défense; mais, une autre fois, il faut être plus patient: allons, va te changer…

La Fantille, à qui je dus aussi expliquer les accrocs de ma blouse, ne fut pas du même avis que le curé; elle dit que j'avais bien fait de corriger cet individu.