—Mon Dieu, dit le curé, encore vous, quoique vous ayez des idées bien mauvaises, vous n'êtes pas un méchant homme, mais parmi les rouges et les socialistes, les gens honnêtes c'est l'exception.
—Oui, dit mon oncle, le triage que vous faites pour moi, parce que vous me connaissez, d'autres le font pour leurs voisins républicains qu'ils connaissent, mais moi qu'ils ne connaissent pas, je suis pour eux une canaille, comme pour vous le sont tous les républicains que vous ne connaissez pas: vous voyez comme c'est peu raisonnable.
Au bout d'un moment de cette discussion, mon oncle dit: Je m'en retourne au moulin; tout ça ne fait pas les affaires.
Le curé le suivit quelques pas, et lui parla de mon mariage, qu'il ne fallait pas prendre le jeudi prochain, parce qu'il n'y serait pas, devant aller à une conférence ce jour-là, et puis qu'il était temps de venir se confesser.
—C'est que, dit mon oncle, il n'en a pas bien envie.
Là-dessus, le curé tressauta, et s'écria que c'était la faute aux journaux qui semaient l'impiété, si on voyait des jeunes gens, baptisés, refuser de se confesser; mais que pour sûr, il ne me marierait pas...
—Je crois, interrompit mon oncle, qu'Hélie aimerait mieux ne pas se marier à l'église plutôt que de se confesser.
Ah! là-dessus, le curé s'emporta tout à fait.
—Alors, il se passerait de mariage? Tout honnête homme ne se croit marié qu'après le sacrement cependant, et sans doute ce ne sont pas les paroles de Migot qui marient? A la mairie, c'est une formalité civile, un enregistrement, mais le vrai, le bon, le seul mariage entre chrétiens, c'est le mariage à l'église.
—Je ne vous dis pas. Mais vous savez, mon neveu est entêté: il ne se confessera pas, et si vous ne voulez pas le marier sans ça, il se passera du sacrement, comme vous dites; déjà qu'il n'y est pas trop porté.