—Mais ça ne s'est pas vu, jamais! s'écria le curé. Tous ces fameux républicains se marient à l'église comme les autres, ce qui prouve bien qu'ils ne pensent pas ce qu'ils disent.
—Que voulez-vous, mon pauvre curé, fit mon oncle en goguenardant: Si ça ne s'est jamais vu, ça se verra la première fois dans votre paroisse.
—Quel scandale! mon Dieu! mais ça n'est pas possible, je verrai Hélie.
—A propos, dit mon oncle, en quittant le curé; il m'a chargé d'une commission. Dernièrement il a vu à Hautefort un de vos pays, un peyroulier appelé Ragot, et ce Ragot lui a fort recommandé de vous dire bien des choses, à vous et à votre nièce.
La colère du curé tomba tout d'un coup. Il ouvrit deux ou trois fois la bouche sans rien dire, comme une carpe qu'on a tirée sur le sable. On eût dit qu'il avait reçu un grand coup dans l'estomac; enfin, il finit par dire en bredouillant: Bien, bien, merci bien.
—Ma foi, me dit mon oncle en arrivant, tu pourrais bien gagner ton procès, avec la recommandation de Ragot.
Et nous nous mîmes à rire de bon cœur.
Quelques jours après, j'étais seul au moulin; mon oncle était à Coulaures, et Gustou avait été rendre de la farine aux pratiques. Jetant les yeux en aval, je vis venir, suivant la rivière, le curé Pinot. Il entra au moulin avec un air crâne, mais je voyais bien qu'il y avait un peu de semblant. Il s'était sans doute quelque peu rassuré à propos de Ragot, et s'était peut-être dit que mon oncle avait ajouté de son chef, la nièce à la commission: en tout cas, il faisait comme les gens qui sont dans une mauvaise passe; il payait d'audace.
—Hé bien, mauvaise tête, que m'a dit ton oncle?
—La vérité, Monsieur le curé, répondis-je en riant.