Fournier continua un moment sur ce sujet, et de temps en temps, lorsque ses paroles annonçaient l'honnêteté de ses sentiments, je voyais ma femme et ma fille lever lentement les yeux sur lui; et on connaissait que ça les intéressait.

Pendant que nous dînions, la pluie avait cessé, et nous descendîmes pour charger la farine de notre voisin sur sa jument. Tandis que nous étions à l'écurie, il s'en va voir notre furet qui était dans une caisse, et lors nous dit: puisque vous avez un furet, il vous faut venir prendre des lapins chez nous, j'ai cinq ou six clapiers où ils ne manquent pas; les métayers se plaignent qu'ils mangent tout.

—Nous pourrions bien y aller quelque jour, que je lui dis.

—Venez dimanche matin?

—Hé bien, tout de même, s'il n'y a rien de nouveau, nous viendrons dimanche.

Et en effet, nous y fûmes Hélie et moi, et après que nous eûmes tué une douzaine de lapins il fallut déjeuner.

Fournier demeurait dans une jolie maison que son père avait fait bâtir sur un coteau où il y avait encore cinq ou six vieux fayards ou hêtres, qui avaient donné à l'endroit le nom de La Fayardie. L'ancienne maison, qui était plus bas, à deux portées de fusil, servait pour des métayers. Sa servante était une vieille qui n'était pas bien fine cuisinière, mais avec ça nous nous en tirâmes bien, ayant grand faim tous.

De cette affaire-là, nous voici en connaissance, et nous nous voyions assez souvent. Je le trouvais des fois à Excideuil; d'autres fois il venait chez nous, chercher le furet pour faire tuer des lapins à des amis, ou pour pêcher, car il s'était fait apprendre par Hélie à tirer l'épervier, ou pour chose ou autre. Toujours quand il venait, il montait à la maison donner le bonjour à nos femmes, de manière que je vins à penser que peut-être il venait un peu pour Nancette.

Quelque temps après, je vis bien que je ne m'étais pas trompé, car il venait plus souvent à la maison, et il y restait plus longtemps à causer avec la petite. Où j'en fus sûr tout à fait, ce fut à Excideuil, où je le trouvai un jeudi:—Allons prendre le café qu'il me dit.

Nous nous étions assis dans un coin, où il n'y avait personne; c'était dans le moment que les gens étaient au foirail ou au minage, et, quand la fille eut servi le café, Fournier me dit rondement son affaire: Voilà; il aimait Nancette et il me la demandait en mariage.