—Hélie, mon fils, le jour où on aura chassé de France, de là-bas, d'Alsace... les derniers Prussiens, tu viendras sur ma fosse, et te penchant vers moi, tu me diras:
—Oncle! ils sont partis!
Il avait parlé fort, et ça l'avait fatigué. Un moment après, il nous dit:
—Ouvrez les fenêtres, que je voie encore le soleil.
C'était un de ces beaux jours de l'été de la Saint-Martin, qui sont communs en Périgord. Le soleil rayait fort, séchant le long de la rivière les regains dont l'odeur montait jusqu'à nous. Le moulin était arrêté, et on n'entendait que le bruit des eaux tombant de l'écluse. En face de la fenêtre, le vent faisait bruire les feuilles de notre arbre de la Liberté qui commençaient à jaunir. Tout à la cime de l'arbre, le drapeau que les droles y avaient monté le quatorze Juillet flottait toujours au vent. L'oncle regarda tout ça un moment sans rien dire, puis il appela bien bas, bien bas le pauvre, l'aîné de Fournier, qui avait ses quatorze ans:
—Viens là, mon Robertou.
Quand le drole fut là, penché sur le lit, l'oncle lui dit tout doucement, comme un souffle:
—Chante la Marseillaise.
Et le drole émotionné, les yeux brillants, debout auprès du lit, commença de sa voix claire et tremblante un petit:
Allons, enfants de la Patrie.
Le jour de gloire est arrivé!