—Tu vas voir, mon petit Hélie, le souper sera bientôt prêt; tourne-toi vers le feu.

—Ah ça, dit mon oncle en plaisantant, tu le prends donc pour un étranger, que tu fricasses là quelque chose?

—J'avais fait de la soupe et des haricots, mais ça n'aurait pas de bon sens, vois-tu, Sicaire, de faire souper comme ça ce drole, pour le premier soir que le voilà chez lui.

—Comment, comment, chez lui?

—Sans doute chez lui, le pauvret. A qui donc que tu laisseras ça tien, Sicaire?

—Ha! ha! à ce compte-là, tu as raison, Mondine, il est bien chez lui.

—Oui, oui, j'ai raison, et je lui fais un bon petit saupiquet avec un quartier de dinde; je sais qu'il l'aime, le pauvre drole.

Je m'étais assis dans le coin du feu pendant ce temps, quoi qu'il ne fît pas froid, au contraire; mais c'est toujours bon de se mettre près du feu quand on a voyagé. Les pieds sur les grands landiers de fonte, je revoyais avec plaisir toutes les choses qui m'étaient connues dès l'enfance. C'était la maie avec son couvercle, le vieux buffet et son vaissellier au-dessus, où on voyait bien rangée d'ancienne vaisselle d'étain, puis des plats et des assiettes de faïence, rondes ou découpées à pans, avec des fleurs comme on n'en a jamais vu, et des coqs superbes, pourtraiturés comme ceux que je faisais sur mes cahiers, mais avec de si belles couleurs: du rouge, du jaune, du vert, du bleu. Les couleurs n'étaient pas toujours bien placées, mais que faisait cela.

Puis, dans le coin, la vieille pendule dans sa grande boîte de noyer, percée d'un rond vitré qui laissait voir le balancier battre lentement les secondes. Au mur étaient accrochés les chaudrons et les bassines de cuivre. Au milieu, la table massive avec une barre d'appui pour les pieds et ses deux bancs de chaque côté.

Je me levai et je fis le tour de la cuisine, reconnaissant tout ce mobilier campagnard: la chaise où j'avais mis mon nom en chicotant avec la pointe d'un couteau, et le crochet à peser pendu derrière la porte d'entrée. Je passe devant la porte de l'escalier du grenier avec son trou du chat, fermé par une planchette pendue à l'intérieur, au moyen d'une ficelle, et que nos chattes écartaient avec la patte pour passer. Puis voici les marmites, les tourtières, l'oulle aux châtaignes. Sur des planches sont les toupines de confit; et le râtelier au pain, garni de tourtes, est au fond de la cuisine solidement attaché aux poutres. Aux poutres encore, pendent des quartiers de lard et aussi de la graisse pliée dans la toile du ventre, et posée sur des cercles en vimes suspendus comme des balances.