Tout en parlant ainsi, nous arrivons à la Croze, puis à Chaumont. Les chemins étaient mauvais comme partout; je conviens que c'était ennuyeux, mais on en avait plus de plaisir d'arriver. A la Pouge, nous prenons un petit chemin qui va au Frau.
Au bout d'un moment nous arrivons. Le moulin est sur la gauche et la maison à quarante pas sur la droite, un peu élevée sur le terme. Mon oncle envoie à ce moment deux ou trois coups de fouet à toute volée, et voici la Finette, notre chienne courante, qui s'en galope vers nous, en jappant de sa voix forte et les tétines pendantes, car elle nourrissait. La vieille Mondine sort sous l'auvent de l'escalier, avec sa quenouille dans son fichu. Elle lève les bras en l'air:
—Sainte Vierge! voilà Hélie!
Et elle rentre aussitôt pour faire le souper, pensant que nous sommes affamés.
Enfin, en dernier lieu, Gustou sort du moulin; Gustou qui ne s'est jamais pressé, qui n'a jamais dit un mot plus vite que l'autre. Il sort lentement, en pantalon gris clair, le gilet déboutonné, tout déparpaillé et un bonnet de coton sur la tête. Toute son attention est prise par la mule; les deux mains dans les poches de son gilet, il la regarde, tourne tout autour, tandis que mon oncle, toujours sur la bête, le regarde faire en riant un petit.
—Eh bien, qu'en dis-tu, Gustou?
—Ça fera une bonne petite mule.
—Bonsoir, Hélie! Tu es donc venu nous voir; allons, c'est bien pensé.
Et là-dessus, après m'avoir serré la main, Gustou prend les brides et mène nos montures à l'écurie.
Notre maison était une bonne vieille maison périgordine à toit aigu, bâtie sur la pente du coteau. On y accédait par une rampe pavée de gros cailloux de rivière, tout comme notre rue Hiéras, et on arrivait dans une cour formée par des murs de soutènement. Du côté de la cour, la maison tournée au levant, avait de plain pied, le cellier et le cuvier. La grange et l'écurie étaient dans un bâtiment séparé, en équerre sur la cour, à droite. Le premier et seul étage étant du côté de la cour, se trouvait de niveau avec le jardin, du côté du coteau. On y montait par un escalier de pierre extérieur, abrité par un auvent soutenu par des piliers massifs. Là, sous l'auvent étaient les seilles, ou les seaux si l'on veut, et le chambalou pour les porter, et la grande oulle à faire cuire pour les cochons. De l'auvent on entrait dans la cuisine, et ensuite il y avait d'un côté deux chambres où couchaient mon oncle et la Mondine, et de l'autre une grande plaisante chambre regardant sur la rivière et le moulin, avec deux lits à l'ange, où couchaient ceux qui venaient à la maison. Lorsqu'elle me vit entrer, la Mondine entortilla vitement la ficelle autour de la queue de la poêle qu'elle avait sur le feu, et vint m'embrasser à plusieurs fois en s'extasiant sur ma taille, ma force et ma bonne figure: