Après les questions sur la santé, la demoiselle Ponsie prit le poupon qui était plié dans un mauvais morceau de drap tout percé, et l'habilla avec les affaires qu'elle avait apportées: et tout ce temps, elle le baisait et le rebaisait, puis comme il commençait à gimer un peu, elle le rendit à sa mère pour le faire téter.

Une poule toute plumée et vidée, fut tirée du bissac et donnée à la vieille, qui apprêta une marmite et la mit au feu pour faire de bon bouillon. Après ça, la demoiselle serra dans un mauvais cabinet une bonne miche blanche, du sucre, et deux bouteilles de vin vieux.

—Que vous êtes bonne, notre demoiselle! disait la pauvre femme dans son lit; que le bon Dieu et la sainte bonne Vierge vous le rendent! Je les prierai bien qu'ils vous fassent heureuse, comme vous le méritez!

—Oui, oui, ma pauvre Mariette, je vous en remercie bien, mais c'est peu de chose que tout ça.

—C'est bien quelque chose tout de même, notre demoiselle, et plus que nous ne méritons; mais ce qui vaut le plus de tout, c'est votre bonté d'avoir pensé à nous.

Le petit enfançon s'était endormi en tétant. La demoiselle l'embrassa encore, promit de revenir et nous repartîmes.

Il était déjà sur la brune lorsque nous fûmes à Puygolfier. Le souper fut vite prêt: une omelette à la vignette, et des bonnes rimottes de bouillie de maïs que la grande Mïette fricassa dans la poêle, là, devant nous. On ne faisait pas grande cuisine à Puygolfier, quand le monsieur n'y était pas. Je mangeai avec appétit et gaîté, et la demoiselle était heureuse, comme elle l'était toujours, après avoir fait du bien à quelqu'un.

Après souper, elle voulut me faire tâter de ses cerises à l'eau-de-vie. Et pour faire comme autrefois, lorsque j'étais tout petit, elle me les présentait comme on fait aux jeunes geais nouvellement dénichés, pour leur apprendre à manger. Elle riait de ce jeu qui m'amusait aussi, car en attrapant la cerise, je touchais quelquefois ses doigts de mes lèvres.

Sur le coup des neuf heures, je m'en redescendis au moulin bien content de ma journée.

Quel temps heureux! mes journées se passaient en paix et tranquillité, dans ce recoin perdu du Périgord, au milieu d'une nature paysanne et forte. Il me semblait que cette terre couverte pour lors de moissons, me communiquait sa vie.