—C'est ça; et la bête que j'empoignais?
—C'était ta courte-pointe.
—Et ce qu'elle marmonnait en s'en allant?
—C'était quelque chatte sur la tuilée.
—Voilà! dit Gustou; j'ai bien raison de dire que tu ne crois à rien. C'est une chose qui m'est arrivée à moi-même; tu sais que je ne suis pas menteur, et avec ça tu ne me crois pas.
—C'est, dit Lajarthe, que tu tournes les choses du côté de tes idées: je ne dis pas que tu n'aies rien senti cette nuit-là, mais je ne crois pas que ça fut le Chaoucho-Vieillo.
—Voyons, dit Gustou, tu ne crois pas à ce qui m'est arrivé; ni à la Mandragoro, de Baspeyras, ni au Diable; tu ne crois pas non plus aux Bujadières qui tordent le linceul des pauvres défunts, à la Biche-Blanche, à la Litre; à la Citre, cette bête qui semble une chèvre et qui est grande comme un cheval, qui court les chemins la nuit, galope après les gens attardés, emporte les enfants qu'elle rencontre, fait des dégâts partout, et s'évanouit en feu quand on la poursuit; mais au moins il y a deux choses auxquelles tu ne peux pas refuser de croire, dit-il très sérieusement: c'est la Chasse-Volante et le Lébérou. Ça c'est des choses trop connues pour que tu dises non: dans le pays il n'y a personne qui n'y croie bien.
—Pour ça, firent les énoiseurs, Gustou dit la vérité. Et chacun de raconter qu'il avait ouï la Chasse-Volante, et vu le Lébérou, c'est-à-dire le Loup-garou.
—Pas plus vieux que cette année, reprit Gustou, le vendredi d'après la fête des Morts, la Chasse-Volante a passé par ici, entre le moulin et le Taboury.
—C'est vrai, fit le fermier de la Mondine, je l'ai entendue sur les onze heures du soir.