J'aperçois Lez-Breiz, suivi de ses gens,

Bataillon nombreux armé jusqu'aux dents ;

ou de sa voix fière entonnant l'hymne du triomphe de Lez-Breiz :

Treize combattants tombés sous ses coups !

L'insolent Lorgnez, le premier de tous.

Lez-Breiz sur leurs corps s'en vint s'accouder,

Et se délassait à les regarder[1].

[Note 1 : A. Brizeux, Histoires poétiques.]

Et nous, souriant à cet enthousiasme, nous admirions sa beauté pure, et cette noble jeune fille nous apparaissait comme la figure idéale de la Bretagne des anciens âges, célébrant les chocs chevaleresques et chantant d'héroïques morts.

Ou bien, ce sont d'autres scènes d'un caractère antique : à la fin du repas qui rassemble la famille, entre dans la salle un ancien soldat, naguère vaillant serviteur du grand Empereur, aujourd'hui contre-maître de Saint-Ilan. Le poëte, d'un regard affectueux et cordial, lui montre une place entre ses deux filles ; et le vieux soldat, qui porte sur sa poitrine la croix qu'il a payée du prix de ses blessures, s'asseoit à la table hospitalière où on lui sert une coupe d'un vin qui réjouit son cœur. La tête droite, la physionomie grave, de cette gravité que donne l'habitude de l'obéissance, le regard calme et ferme, il se tient immobile et attentif, en cette placidité propre aux vieux soldats qui, à la fin de leur vie, se recueillent silencieux dans le souvenir des combats éloignés.