IX
Les vieilles villes. — Les vieilles maisons.
Dol. — Dinan. — Morlaix. — Lannion. — Cesson.
La petite, comme la Grande-Bretagne, est une terre de marins : la position avancée de cette large presqu'île dans l'Océan, entre le golfe de Gascogne qui tient à l'Espagne, et la Manche qui tient à l'Angleterre, ses ports naturels, les nombreuses rivières qui descendent du plateau central, et, comme les rayons d'un cercle, aboutissent à la mer, ont été cause que, de tout temps, la vie s'est portée aux extrémités. Dès l'antiquité, les Bretons furent marins et pêcheurs ; la force résistante de l'Armorique était sur les côtes. C'est Vannes et Nantes qui, avec leurs flottes, soutinrent contre César la lutte la plus courageuse et la plus longue.
Malgré les siècles et les révolutions, ce caractère de la Bretagne n'a pas changé. Le centre est morne, la circonférence animée ; un moine comparait cette presqu'île arrondie en demi-cercle à la couronne de sa tonsure, un chevalier à un fer de cheval bien fourni à l'entour et presque vide au milieu. La plupart des villes importantes de Bretagne sont des ports, des ports situés non pas sur le bord de la mer, mais à quelques lieues de l'Océan, sur de petites rivières navigables où le flot porte les navires. Elles ont ainsi des villes du centre les beaux arbres et la verte campagne, du port de mer l'animation et le mouvement ; on y sent la mer voisine sans la voir, son air âpre et fortifiant. Dans quelques-unes (à Lézardrieux, à Lannion) les deux rives sont réunies par un pont suspendu, haut, léger, semblable à ces ponts de lianes des fleuves du Nouveau Monde, et sous lequel passent les navires aux longs mâts : lorsque soufflent les grands vents de la mer, ils agitent et soulèvent ce chemin aérien ; on le voit monter et descendre d'un mouvement uniforme comme une poitrine qui respire ; le piéton qui passe en chancelant sur cette planche tendue dans l'air, la mer au-dessous de soi, se hâte, luttant contre le vent et faisant le signe de la croix, et, quand il l'a traversée, il entre au bout du pont, dans une petite chapelle, rendre grâces à Dieu.
La position de ces petites villes attire et plaît ; la partie principale est bâtie le plus souvent sur une colline : à Quimperlé, à Tréguier, à Dinan, apparaît tout en haut la tour de l'église ; autour sont groupées les maisons ; le port est au-dessous, la ville des marins et des pêcheurs. Autrefois elles étaient fortifiées ; peu à peu elles ont rasé leurs remparts, et les deux cités se sont réunies. Quelques-unes cependant ont gardé leurs vieux murs. En arrivant à Guérande, on se trouve tout à coup devant une ligne de hautes murailles ; de distance en distance saillissent de grosses tours renflées ; une porte à créneaux et à meurtrières s'ouvre béante avec sa herse suspendue, les fossés sont encore remplis d'eau ; c'est véritablement une ville du XIVe siècle ; on verrait se promener sur le rempart un homme d'armes couvert de fer, et le pot en tête, on ne s'en étonnerait pas.
La campagne qui entoure la ville est une vaste plaine sèche, dénudée ; à peine, çà et là, quelques arbres rabougris et rongés par le vent de la mer ; des plaques d'eau reluisent au soleil, découpées en petits carrés réguliers, ce sont les marais salants ; partout ailleurs, des monticules de sable. Ce coin de terre aride rappellerait l'Afrique à un voyageur : la plaine sablonneuse et brûlée, le désert ; les mulons de sel qui la jalonnent de leur cône pointu, les tentes dispersées d'une tribu ; les paludiers vêtus de blanc qui galopent sur leurs petits chevaux entre les lagunes, les Arabes au burnous de laine, courant à travers le désert.
Par delà ce désert, s'étend la mer bleue qui, dans l'éloignement, semble immobile, et sur laquelle glissent les vaisseaux.