Vous êtes capable de vous imaginer que je vous méprise. Enfermée que vous êtes dans vos idées comme dans une bouderie, vous devinez mal la tendresse, la sympathie, la charité humaine.

Eve bien renfrognée…

Chacun de nous est si seul au monde ! Il n’y a bonheur que de refermer ses bras sur une autre ombre. L’on imagine un instant que le cercle est franchi. Ce sont les âmes qui se veulent marier, et il est dur de penser que les corps y réussissent à peine.


Lorsque je m’éloigne de vous, avant de me rapprocher encore, et que vous percevez les deux temps de cette action d’admirateur, vous rougissez, avec un petit sourire d’orgueil. C’est un mélange que j’aime.

Ce qui émeut en votre visage, avec le regard, c’est la lèvre pourpre et gonflée, le menton un peu gras, moins parfait, plus humain. Sentirez-vous combien me séduit ce corps glorieux, la belle hanche, cet arc de la taille ; et ce port, qui donne envie de vous invoquer ?

Je vous ai montré l’image des trois Grâces de Regnault.

Celle de gauche, la tête un peu lourde, serait encore plus triste qu’elle ne plairait pas moins. Sous le bel œil rêveur, le menton est malheureux, l’épaule un peu serve ou vieillie. Le torse, un beau vase. — Son visage, doucement incliné sur l’épaule, au-dessus du bras qui l’enlace, celle de droite a un air de candeur : et, dans le profil de son jeune corps, une légère courbe à rendre fou. — Mais la plus belle, n’est-ce pas cette blonde, entre elles, qui les tient chastement embrassées, et dont nul ne verra jamais le visage ?

Elles ne ressemblent pas l’une à l’autre, ni vous à elles. Vous êtes pourtant du même style.