Ah ! Romaine. Ah ! Guerrière. Minerve aux sourcils rejoints.
Je mettrai devant votre portrait une branche de myrte dans un vieux vase d’église, blanc et or, 1830.
Vous souvenez-vous ? Vous ne vous donniez pas alors la peine de m’étudier. Vous me regardiez, ô raisonneuse ! Amour vous possédait. Vous baissiez de temps en temps les yeux.
Au loin, les gamins arabes s’évertuaient : Le Cri d’Altjé ! Les Noubielles ![1]
[1] Le Cri d’Alger, les Nouvelles, journaux algériens du soir.
Votre maison était à la frontière des deux empires. Elle regardait le boulevard, la poste et l’école (laïque) ; de l’autre côté, l’allée sous les palmes, les escaliers, les terrasses, le ciel : cet autre monde que vous n’aimez guère, où j’allais trop souvent écouter les chants de Yamina ou voir danser les Andalouses. Je vous apportais des dattes, des massepains espagnols, des loucoumes. Et je crois, à présent, que vous aurez préféré des petits beurres — L. U. — J’ai cherché aussi, mais vainement, ces laitages italiens, frais dans leurs claies ou sur le linge, et qui ont la forme d’une tresse ou d’un fruit, — ces fromages, si l’on ose dire, dont les bergers de Virgile nourrissaient déjà leurs amours.
La lumière vous gêna soudain comme un tiers.
Vous avez déroulé le rideau de toile. Dans l’ombre, miroita toute l’eau répandue sur les dalles blanches et noires. Le jour mettait à la haute fenêtre aveuglée un cadre d’or. La brise troublait votre robe.
Vous avez laissé tomber la hachette de votre éventail.