Vous avez la coquetterie de ne porter que du linge blanc, serré, éblouissant. Ainsi paraissez-vous deux fois comme un marbre : carrare et pentélique.
Chère, vous avez eu peur que je me méprisse, et j’étais seulement touché de votre enivrement.
Puis, vous avez voulu me prouver que vous étiez, sans religion, une honnête femme. Vous prononciez des mots abstraits à n’en plus finir, à dormir sans vous, dont votre éloquence emphatique ciselait les majuscules. Vous aviez entrepris, notamment, de me démontrer que les infirmières laïques diplômées ont plus de vertu que les petites sœurs.
Et moi, je me rappelais la longue prière matinale des femmes de ma race. L’une d’elles, tant elle fut malheureuse, ne pouvait plus prier sans voir paraître sur son cher visage en oraison des larmes qui la consolaient. Et elle prononçait, mais avec douceur, le même mot magique que vous répétez désespérément : « Justice ! » Elle mettait avec sagesse dans un autre lieu que la terre la source d’un si grand bien.
Votre bouche, remuée par les petits mouvements de la parole, restait bien belle… Je ne disais mot. Quel nuage a passé sur mes traits ou dans mes yeux, qui soudain déconcerta la douce pédante ?
J’ai pris votre tête, votre fière tête, votre pauvre tête fanatique, et l’ai reposée sur mon épaule. Tel est le sort. Ni les caresses ni le silence ne suffisaient plus. Vous aviez besoin d’un mot de ma bouche, que je n’ai pas su dire. Vous faisiez sentir à un libertin le rôle du spirituel.
Je vous opposais, dans mon esprit, des historiettes qui vous auraient scandalisée et qui me plaisent, qui m’ont ému.