Je me retrouvais dans une petite ville du sud italien, un soir d’été, entre quatre murs blanchis à la chaux, dans la compagnie d’une femme étonnée par l’étranger. Je l’avais trouvée assise sur le pas de sa porte. Ces logettes n’ont pas d’autre ouverture. Un seuil à franchir, la porte massive à refermer, un être humain à votre discrétion.

C’est la même chose là-haut, où les filles attendent et regardent, les unes comme des princesses des “Mille et une nuits”, la plupart en vraies sauvages, et toutes sur leurs talons, leurs mains devant elles.

En pays chrétien, la plus pauvre dispose d’une chaise.

Elle avait une jupe de cotonnade à fleurs, un corsage à grosses manches, et l’un de ces vastes jupons de toile empesée que l’on mettait après la lessive sur une cage d’osier.

Je lui parlais dans sa langue, lorsqu’elle parut en corset à globes, pareille à une image de Vertus sœurs dans l’Illustration, du temps que j’étais garçonnet.

Nous nous plaisions, ainsi qu’il arrive dans ces rencontres, sans que l’on sache pourquoi, si vite. Je ne me rappelle plus le nom qu’elle m’avoua et qui était peut-être le sien. Elle avait vingt ans. J’ai vu dans le même pays de belles figues séchant au soleil qui tournaient en caramel. Elles lui ressemblent, — et à vous.

Elle gardait sur son épaule un dernier lambeau qui m’importunait. Car, en ce monde physique, certains veulent retrouver le tremblement d’une passion primitive, ils veulent rencontrer à la fin ils ne savent quel mystère, avancer jusqu’au point où la sensation est épurée en quelque sorte par son excès et par vertige. Mais, plus belle que vous ne pensez, en me pressant doucement :

— E peccato, disait-elle. C’est un péché. La Madonna non vuole.

Vos fictions, à vous, n’ont pas cette grâce ni cette douceur, où l’enfant reparaît dans la femme : dans notre ambitieux dénuement, le passé des cœurs dont nous sommes nés.