Je ne suis point du tout fâché. Jamais vous ne fûtes si tendrement chérie. Je vous dis seulement : « Ne soyez pas agaçante ! » Dans mes yeux, vous pouvez connaître le reste, et combien je vous aime. Je vous demande seulement de ne pas repartir dans vos nuages. Votre ingénuité me plaît surtout lorsqu’elle est un peu terre à terre.
Mains froides, cœur chaud, ou bien c’est la joue qui brûle.
Si tu avais un enfant, et qu’il fût de moi, je te l’enlèverais. Je l’enlèverais, je partirais, je m’en irais avec notre enfant, je ne sais où… en Albanie.
Peut-être ne voudrais-tu pas d’un parti si romanesque. Tu voudras garder l’enfant avec toi, et te réconcilier à temps, et mentir. Mais il me suffirait de connaître ton mari, il me suffirait de l’apercevoir, je crois : j’aurais peine à t’aimer… Ainsi, quoique tu ne l’aimes plus, tu dépends encore de ton ancien serment. Même refusée, ta personne n’est plus libre. Tu vois que je suis gentil : je n’imagine pas que tu me sois infidèle, et je t’ai mis des larmes dans les yeux parce que je te l’ai dit. Attention. Ne nous risquons pas, ou pas encore, ne nous risquons pas trop loin sur cette voie des confidences à perte de vue. Elles enchantent d’abord le cœur, puis le navrent, le laissent vide ou trop nu, mal content, comme dévalisé.
Toi et moi, si nous sommes deux fous, je ne suis peut-être pas le moindre. Battons-nous à coups de poètes, qui permettent de voiler. Tu verras que mes livres sont les meilleurs.
Mais ce que tu appelles mon prosaïsme, ce goût du vrai, cette cruelle et pitoyable curiosité (sans compromission), ce n’est pas toi qui le tireras au clair.
Dieu n’est pas bon : tu vois bien qu’il pleut à verse.