Silence! Ah quelle voix va jaillir? Quelle parole adorable s’épanouir? Où es-tu bouche qui va parler? Mon âme veut se nourrir de ton souffle... Amante!... Mon amante!... Dieu, quelle nuit pour sa venue! Mon âme est pleine, si le soupir immense dont elle souffre s’exhalait, je crois qu’il déchirerait le ciel!... O mon Dieu, les roses sont mourantes, je ne peux plus respirer, mon Dieu, mon Dieu, est-ce qu’il n’y a pas de lèvres pour me baiser sur le cœur?...

La lune! Voilà la lune! elle tombe sur les feuilles; ah les arbres se noient! Et voilà les pelouses inondées. Comme elle est blanche. Comme elle est blanche, comme elle est pure, comme elle est fluide, comme elle glisse! O mon Dieu la voilà qui me baigne, elle fond mes mains, elle mouille mon cou!... Amante... Amante... Ah! que je souffre!... Je sens mon âme qui voudrait s’échapper en toi...

... Il faudrait qu’elle soit là, penchée sous l’éclat de la lune, et attentive à moi pour recevoir mon âme prête à s’échapper... Amante... Elle tressaillirait... O me sentir baigné en elle comme dans les rayons de la lune! Sentir nos âmes s’échanger en courants, lumineuses comme ces lueurs divines... Amante!... Elle se pencherait sur moi, elle me recevrait!... Amante!... Amante!

XII

Que faire? Où aller? Que faire dans la vie? Où aller dans la vie?... Je suis perdu tout seul dans la nuit. Je suis une île au milieu des eaux. Je suis une étoile au milieu du ciel. Je suis seul! Je suis seul! Je suis une pauvre âme qui pleure, et je ne sais plus rien: qu’est-ce que l’amour? qu’est-ce que la vie? qu’est-ce que la joie? qu’est-ce que la douleur? ô dites moi, dites-moi surtout: qu’est-ce qu’on appelle le bonheur?...


Soleil!... Il y a du soleil jusqu’au bout du monde... Toute la plaine est dans la lumière. Petite feuille, petite feuille, balance le soleil... Suis-je là, ou ne suis-je pas là? Voilà des branches, voilà de l’herbe, je sens qu’elles ne me voient pas. Je suis dans la plaine! Je dois, comme ce mouton, porter de la clarté!... Je marche, mon pied s’appuie, est-ce que je ne pèse pas comme un homme? Je suis dans la plaine! On ne m’entend pas, qu’est-ce qui entend? Je suis si loin! J’écoute, et je n’entends pas les oiseaux...

O comme ce beau ciel bleu est triste à mon âme solitaire! Navrantes splendeurs, beautés pour les larmes, ô fastes désolants. La joie qui chante dans la musique des arbres, et le frisselis des eaux, les éblouissements roulants sur les pelouses, les feuilles qui chatoient et la lumière comme un fleuve, vous m’accablez, vous m’accablez... O ma pauvre âme solitaire, quels tumultes de joie, quels étincellements d’allégresse, les fleurs se balancent en parfumant, et les oiseaux s’élancent vers le ciel... Désespoir! tout s’écrie de bonheur divinement, et moi je ne puis que gémir! O moi qui voudrais tellement m’élancer vers le ciel, moi qui voudrais baiser l’azur, hélas! hélas! ô douleur! Pourquoi ce parc est-il si beau, pourquoi ce ciel, pourquoi cette eau, pourquoi, pourquoi mon Dieu? N’est-ce donc que pour emplir mon âme des immenses désirs, que pour la décevoir, et pour qu’elle pleure ainsi affreusement au spectacle de son impuissance?...

Mon âme est pleine, mon âme déborde!

Je ne puis pas contenir mon âme...