... Je vois ton cou Marthe, il jaillit... ô fleurs! ô sourires, ô couleur des aurores!... Ton cou jaillit... Courbe, ovale divin, transparences aux reflets bleus! Toute ma vie, je veux la vivre à adorer ton cou... Suavité! Suavité!... Mon Dieu, pour des baisers sur ce cou, il faudrait une autre bouche, d’autres lèvres inimaginables... Ton cou jaillit! Neige et nectar d’aurore! ô faire fondre et boire le blanc de ce cou! ô joie d’azur! ô paradis ivre!...

O les seins sous l’étoffe respirante! et les hanches mouvantes! la chair silencieuse et pleine de vie! O mettre ma main sur ta chair, Marthe, la toucher seulement, là, sous ton corsage... Je sens naître mille bouches qui aspirent, qui se tendent, qui demandent ton baiser...

Des parfums, des oiseaux, du ciel divin, et des baisers, elle me semblait mourante... Je la baisais toujours, sur elle, blanche partout, écrasant le sang rouge de ma bouche...

II

Je n’ai pas pu dormir, toute ma tête résonnait des baisers, dans la nuit, ma bouche se tendait, je n’avais plus de souffle, un grand mal est entré en moi, je sens mon cœur gonflé dans ma poitrine, j’étouffe...

Est-ce l’amour, mon Dieu, est-ce l’amour? Je suis languissant et je suis plein de force. Je suis près de m’évanouir, je suis las, je suis désolé,—et je suis si triomphant que je voudrais une trompe de cuivre pour lancer jusqu’au bout du monde les cris de mon âme éclatante!... Marthe! Marthe!... Je voudrais la tenir serrée contre moi, et mes bras sont vides!... Marthe!... Mon corps brûle comme un charbon, il doit mordre et creuser les draps, quand je me lèverai, ce sera d’un trou noir de cendres!...

Marthe!... Elle était avec moi; je la touchais, elle avait des yeux clairs, j’ai baisé sa bouche, c’est comme un fruit, elle a une peau parfumée qui doit couvrir une petite chair fondante de fruit, on y goûte un suc de délice...