Et celui qui marchait en tête portait un écriteau au bout de sa canne : « Je suis le Cocu sanguinaire. »
Il y avait des gens saouls. On cassait des verres. Une femme était affalée sur une banquette : « Qu’est-ce que t’as, ma crotte ? — J’suis saoule. »
La voix tonitruante de l’aide-major perçait le tumulte : « Une tisane à sept francs !… Une !… Au trot !… »
Et des femmes passaient sans cesse au milieu des tables, des grosses blondes, une longue fille en rouge, diabolique ; une autre tout en noir, aux traits durs. Un monsieur seul à une table mâchait un sandwich. Les garçons circulaient, portant leurs plateaux chargés de bocks… La bouquetière s’approchait, vous offrait ses fleurs. Le baron l’engueulait : « Tu fais toujours des rapports à la Préfectance, saleté ! Veux-tu t’en aller ! » — « Oh ! un homme si riche ! » disait la bouquetière.
Totote et la Turque s’étaient assises à une table : « Vous nous payez un bock ? » Ces messieurs avaient dit oui.
Ils semblaient très gais. Ils commençaient des phrases et ne les achevaient pas, étouffant de rire au milieu. Deux visages glabres. « Tu as vu le coup où je leur ai pris cinquante louis ? » Celui qui parlait se mit à rire intérieurement avec une profonde allégresse concentrée :
« J’avais senti… que la main… était bonne… »
L’autre riait plus fort. « Du whisky ! du whisky ! du whisky ! » Avec leurs cannes ils tapaient bruyamment sur la table, en fumant à bouffées hâtives des cigares noirs. On les servit. Ils burent. Puis ils demandèrent du champagne. Le joueur avait fait asseoir Sophie à côté de lui sur la banquette, et il la tenait par la taille en la regardant amoureusement.
— Veux-tu que je mette quelque chose dans ton bas ? dit-il.