Il tira de sa poche une poignée d’or, de monnaie et de billets chiffonnés, il choisit deux louis, puis, relevant la jupe de Sophie, il lui caressa la jambe, remonta lentement jusqu’à la chair, et glissa les pièces dans son bas. Sophie riait aux éclats… Il avait soif : il but un grand verre de Champagne. Puis il s’appuya contre la banquette, et regarda le plafond en riant tout seul.
Son ami, au teint basané, racontait à Totote qu’il arrivait de Madagascar : il y avait longtemps qu’il n’avait pas fumé l’opium, et cela le rendait malheureux. Pour se consoler, il buvait. Il parlait aussi de son boy qu’il regrettait.
A la table voisine, était assis un Anglais à monocle, qui promenait sur tout ce qui l’entourait un œil froid et infiniment dédaigneux. Il était accompagné d’un jeune Français bavard, auquel il répondait quelquefois par un hochement de tête. L’Anglais s’était fait servir un grand verre d’absinthe pure. Son compagnon disait avec exubérance :
— Il n’est pas fort ce type-là ! Avec la gifle qu’il m’a donnée, il aurait dû me casser deux dents. Je ne lui ai pas répondu à cause de ma famille,… et puis mon parapluie me gênait… Mais je regrette maintenant de ne pas lui avoir montré ma connaissance de la boxe !… »
L’Anglais hochait la tête.
— Il fallait l’assommer ! cria le colonial.
— Nom de Dieu ! Quand je le rencontrerai, je l’assommerai ! fit l’autre avec furie.
La bouquetière était venue. Le joueur lui avait donné un louis. Il demanda du tabac, puis il tira de sa poche un billet de banque, et en roula une cigarette qu’il alluma. Mais la fumée le fit tousser. Il jeta cela. « Mauvais ! » Le billet n’était brûlé qu’au quart. Trois femmes qui passaient se jetèrent par terre pour le ramasser. Elles se battaient. Il y eut des cris, un brouhaha, de toutes parts on désertait les tables, on accourait. Mais déjà elles s’étaient relevées. L’une saignait du nez, la deuxième était échevelée, corsage déchiré, la troisième s’enfuyait vers la sortie en courant.
L’Anglais sourit et dit « Very well ! » puis il but une gorgée d’absinthe… Une petite femme s’assit à sa table en jacassant comme une pie. Tiens ! c’était la môme Bertha !
— Comme il y a longtemps qu’on ne t’a pas vue ! lui cria Sophie.