— La regarde pas, va, ça lui ferait trop de plaisir.

— Elle veut nous la faire à l’épate, ici. Ça ne prend pas. Elle passe comme ça, une minute, sans s’arrêter, avant d’aller dans les grands bars, et elle ne connaît personne.

— Elle n’est pas si bien que ça, d’abord. Elle n’a pas du tout le grand genre.

— C’est comme Madeleine.

— Encore une épateuse ! Mais Madeleine, ce n’est pas un nom de femme chic.

— Laisse donc, elles habitent en meublé comme nous. C’est Victor qui me l’a dit. Et elles ne font pas tous les jours cinq louis, va.

— Enfin, zut pour elles !… Dis donc, Lucie, toi qui t’y connais dans les rêves, j’en ai fait un drôle cette nuit… J’étais assise dans l’herbe à la campagne. Tout à coup, il y a un oiseau énorme qui descend sur moi, il me prend dans ses pattes, et il s’envole. Je n’avais pas peur du tout, je regardais en bas, — et c’était comme en chemin de fer : des champs, des maisons, des rivières qui défilaient… On est arrivé au bord de la mer. On est descendu sur une plage. L’oiseau s’est posé devant moi, il m’a regardée, et ça s’est trouvé une négresse.

— T’as rêvé oiseau, t’as rêvé voyage, t’as rêvé négresse. C’est un voyage la nuit en bateau à voile.

— Comme c’est bête de rêver comme ça !

— Ah ! barbe ! Ah ! encore une nuit à tirer ! Ce que j’ai la flemme ce soir, Georgette ! Quand je pense que je vais peut-être rester là jusqu’à quatre ou cinq heures, et qu’il va falloir tourner cinquante fois autour des tables avant de trouver quelqu’un, ah ! j’en ai mal au cœur !… Pour un peu, malgré les frais que j’ai déjà faits, mon fiacre, mon coiffeur, je rentrerais chez moi !… Il y a des jours où le métier vous dégoûte.