[26.]—«Chanter pouille à quelqu'un, c'est, dit l'auteur des Matinées sénonaises, lui adresser de grossières injures, telles que s'en disent les gens du bas peuple, et en réalité l'accuser d'avoir de ces insectes qui sont fils et compagnons de la malpropreté. Car je crois que c'est d'eux que vient le mot pouille, à moins qu'on ne le tire du vieux verbe pouiller, qui signifiait vêtir un habit, et dont il nous est resté le composé dépouiller. Chez le vulgaire, se pouiller signifie s'injurier, ce qui revient à l'expression habiller quelqu'un de la belle façon. Un poète du dix-septième siècle, traduisant les œuvres de Perse, a rendu cantare ocyma par chanter pouille (ce qui n'est pas exact). Ocymum en latin signifiait le basilic, plante, et les anciens croyaient que si lorsqu'on semait cette plante on lui disait des injures, elle levait mieux et poussait plus abondamment. Chaque peuple d'ailleurs a ses locutions particulières. Ainsi, tandis que nous disons: S'injurier comme des harengères, les Grecs disaient comme des boulangères. Dans les Grenouilles d'Aristophane, Bacchus disait à Eschyle: Convient-il à des poètes de mérite de s'injurier comme des femmes de boulangers?
[27.]—Le rabat, qui était autrefois de grand usage dans le costume masculin et que ne portent plus que les ecclésiastiques, fut ainsi nommé parce que, à l'origine, il n'était autre que le col de la chemise rabattu.
[28.]—Après la panse, la danse, disait-on fréquemment autrefois en France. En Espagne, au contraire, on dit: A panse pleine, pied endormi. Ces deux proverbes contradictoires caractérisent bien d'une part la gaieté française, et d'autre part l'indolente gravité castillane: autre pays, autre tempérament. En effet, tandis que l'Espagnol, quand il a mangé, ne désire que le repos, chez nous la bonne chère semble appeler un divertissement immédiat. Au moins en était-il ainsi chez nos pères. Dans les réunions bourgeoises, après que chacun avait chanté, bien ou mal, au dessert, on dansait au son d'un instrument quelconque. Il y avait maints endroits où les airs de danse étaient chantés. On trouvait même dans le milieu de la France cette tradition établie que, pour la danse des rigaudons ou des bourrées, un défi existait entre les danseurs et le chanteur: c'était à celui qui fatiguerait l'autre.
L'usage de chanter à table date de loin. Il était notamment pratiqué chez les Grecs. On raconte que lorsque Anacharsis, le philosophe scythe, vint en Grèce, où la coutume était de chanter en musique après avoir festiné, on lui demanda s'il y avait des flûtes dans son pays: «Non, répondit-il, car il n'y a pas même de vignes.» Ce qui revenait à dire ingénieusement que le vin engendre la joie, et qu'elle ne se trouve guère là où le vin fait défaut.
Chez les Grecs donc, la coutume étant consacrée, si quelqu'un, ignorant la musique, refusait de faire entendre sa voix ou de jouer d'un instrument, on lui mettait dans la main une branche de laurier et de myrte, et, bon gré mal gré, il fallait qu'il chantât au moins une phrase devant ces rameaux. C'était ce qu'on appelait chanter au myrte. Dans la suite, cette expression devint proverbiale, et l'on envoyait chanter au myrte tout ignorant qui ne pouvait se mêler convenablement à la conversation des gens instruits.
[29.]—Lettre de Louis Van Beethoven à son ami Brandwood. Cette épître en français du grand musicien est datée de Vienne, le 3e du mois de février 1818.
«Mon cher ami,
«Jamais je n'éprouvais un plus grand plaisir de ce que me causa votre annonce de l'arrivée de cette Piano, avec qui vous m'honorés de m'en faire présent, je la regarderai comme un Autel, où je déposerai les plus belles offrandes de mon Esprit au divin Apollon. Aussitôt comme je recevrai votre excellent instrument, je vous enverrai d'abord les Fruits de l'inspiration des premiers moments que j'y passerai, pour vous servir d'un souvenir de moi à vous, mon très cher, et je souhaite à ce qu'ils soient dignes de votre instrument.