Croudas fit donc un signe au dehors, et les serviteurs amenèrent devant leur maître un paysan, qui se jeta à genoux en disant:
«Ayez pitié de moi, seigneur, je n'ai point commis de crime.»
Le seigneur demanda à Croudas les preuves qui étaient contre cet homme; Croudas répondit:
«Voyez, seigneur, ces taches sur ses habits; c'est du sang, le sang de votre frère.
—Est-ce possible? fit le seigneur, dont le coeur se souleva à cette vue; misérable! dis la cause de ton crime.
—Hélas! hélas! repartit le paysan, croyez-m'en bien, seigneur, je n'ai point tué votre frère. J'ai sur mes habits des taches de sang, c'est vrai; mais je ne sais nullement de quelle manière elles y ont été faites. Ce matin, aux champs, il est arrivé qu'ayant mangé et bu, assis sur l'herbe, non loin de l'endroit où l'on a trouvé le corps du défunt, je me suis tout à coup senti pris d'un lourd sommeil, et j'ai dormi. A mon réveil ces taches étaient sur moi. Les voyant, j'ai d'abord été grandement étonné; mais ensuite j'ai pensé que, pendant mon sommeil, avait dû passer au-dessus de moi quelque émouchet, portant dans ses ongles un oiseau qui perdait son sang en l'air. Alors, les taches essuyées de mon mieux, je n'y ai plus pris garde.»
Croudas, continuant d'accuser le paysan, dit encore:
«Si vous pouviez, seigneur, recevoir comme vraies de telles paroles, je vous prierais de demander à ce scélérat comment il se fait qu'il eût dans sa maison cette bourse, qui est celle du défunt.
—Oui, je la reconnais, dit le seigneur.
—Et cette chose, seigneur, la reconnaissez-vous aussi? demanda Croudas en montrant une bague d'or.