—Oui, dit encore le seigneur, c'est l'anneau que mon frère portait au grand doigt de sa main droite.

—Eh bien, seigneur, reprit Croudas, je l'ai trouvé moi-même, avec la bourse, dans un tiroir de meuble chez cet homme; dira-t-il que les oiseaux l'avaient laissé tomber, ainsi qu'il a fait pour les taches de sang?»

N'ayant pu expliquer comment ces choses étaient entrées dans sa maison, le pauvre paysan fut jugé coupable, en dépit de tous ses serments d'innocence.

Le seigneur le condamna à être brûlé vif le lendemain, à l'endroit même où le corps du défunt avait été trouvé, et il le fit jeter dans une noire prison, pour attendre l'heure de la mort.

Chacun, dans le pays, s'ébahissait en apprenant que cet homme fût accusé d'une telle action, attendu que jusqu'alors il avait toujours fait paraître le plus doux caractère, et toujours tenu la plus sage conduite.

D'ailleurs, cet homme n'avait en vérité rien à se reprocher, le crime étant l'action de Croudas.

Le défunt, connaissant des acquisitions déshonnêtes de Croudas, l'avait menacé de le dénoncer au seigneur s'il ne faisait pas restitution. Croudas l'avait donc tué; et voici comment il s'était arrangé pour qu'un autre fût puni à sa place:

Ayant trouvé le paysan qui mangeait assis sur l'herbe, il mit, sans être vu, une chose endormante dans la boisson ou sur le pain, et l'homme s'endormit; puis Croudas, par un mensonge, amena le frère du seigneur en cet endroit, le tua, et, après l'avoir tué, tacha de sang les habits du dormeur; puis, ayant pris la bourse et l'anneau du défunt, il fit semblant de les trouver en fouillant dans la maison du paysan.

Comme on le voit, profonde était sa méchanceté.

Maintes gens allèrent se jeter à genoux devant le seigneur pour le supplier au nom du pauvre accusé; et ces gens-là disaient de lui ce qu'on dit quand on veut exprimer une très grande bonté: