Et il prit le deuil de la mère avec celui de l'enfant.
Quand les gens du pays surent ce qui s'était passé, combien se promirent d'aller, la prochaine nuit du jeudi saint, chercher la richesse au mont des Coudres!
Jacques, lui, résolut de passer en oraison cette même nuit où il avait perdu tout ce qu'il aimait. Dès le soir donc, agenouillé devant le berceau vide, baisant une petite croix d'argent que Jeanne avait coutume de porter, il s'était mis en prière.
Or, pendant que seul il priait ainsi, vers minuit, au versant du mont des Coudres montait toute une foule bruyante: hommes et femmes, jeunes et vieux, portant des sacs, des paniers, des seaux, qu'ils s'apprêtaient à remplir au trésor de la caverne.
Pour tous quelle surprise de trouver là, venue avant eux, Jeanne, que tous avaient crue morte!
«Tu n'es donc pas morte, Jeanne?
—Non, mais mon heure est proche.
—D'où viens-tu donc?
—Maudite par Jacques, maudite par moi-même, je m'en étais allée au loin, pour n'être pas retrouvée. J'ai passé là-bas toute une année, pleurant, priant, disant dans mes prières: «Seigneur, ayez mon âme; mais permettez que mon corps soit avec le corps de mon enfant!» Et je suis revenue ici, en cette même nuit où le malheur m'est arrivé. Au premier coup de minuit, quand la caverne s'ouvrira, j'entrerai, et je laisserai sonner les douze coups sans sortir. Ainsi j'aurai la même fin que l'enfant. Par ma mort je serai punie de sa mort. Que le Seigneur ait mon âme!»
Comme elle achevait de parler, le premier coup sonna: la caverne s'ouvrit, brillante et pleine d'or. Tous ceux qui étaient là s'élancèrent. Mais seule Jeanne put entrer; car devant la pierre un bel ange blanc avait paru, qui, étendant une verge de feu, barrait aux autres le chemin.