Jeanne donc est entrée. Tranquillement joyeuse de la mort qu'elle va chercher, elle a répété en entrant: «Que le Seigneur ait mon âme!» Mais tout à coup qu'aperçoit-elle?... Sur le même tas d'or où elle l'avait posé, l'enfant qui, rose, frais, souriant, tend vers elle ses petits bras.

Dieu sait si alors elle songe encore à mourir! Dieu sait avec quelle hâte elle reprend et emporte son trésor d'amour! Dieu sait comme elle est loin déjà sur le versant du mont des Coudres, quand, au douzième coup, la caverne se referme!

Et pendant qu'elle s'éloigne, l'ange dit à la foule ébahie, déçue: «Toutes ces choses n'étaient qu'une épreuve que le Seigneur avait permise. Plus rien ne se fera de ce qui vient de se faire.» Puis l'ange disparaît....

Jacques, toujours en prière, entend que l'on frappe de grands coups à la porte, il entend que l'on crie: «Ouvre, Jacques, ouvre! je rapporte l'enfant!» Il a reconnu la voix de Jeanne, il court, il les voit.... Comment dire la joie et les douces larmes!... Avec la vraie richesse, le vrai bonheur rentrait dans la pauvre petite maison....

Depuis, la grosse roche du mont des Coudres a toujours été appelée la Pierre qui tourne, mais plus jamais elle n'a tourné.

LE GENTILHOMME VERRIER

Au temps jadis, et dans le fond d'une province de France, vivait une famille de noble origine, composée de la mère, qui était veuve, de deux fils et d'une jeune fille.

Or l'aîné des deux fils, à qui la mort du père avait donné le titre de chef de famille, n'était rien moins qu'une sorte d'écervelé; aussi imprévoyant qu'avide de plaisirs, il sut en peu de temps réduire à néant, non seulement la fortune paternelle qui, selon l'ancienne coutume, lui revenait presque entière, mais encore le douaire que la faible et bonne mère n'hésita pas à sacrifier pour payer les dettes follement contractées par ce mauvais garnement.

Quand il eut insoucieusement réduit à la misère cette famille dont il aurait dû être le digne soutien, notre prodigue, effrayé à l'aspect de la misère, ne vit rien de mieux que de disparaître un beau matin sans dire où il allait.

Le voilà parti. On n'entend plus parler de lui. Il a sans doute trouvé asile et subsistance. Mais que feront les autres, ceux qu'il a laissés sans ressources?