La grosse mouche revint, moitié volant, moitié marchant, portant ou plutôt traînant une chenille verte, qu'elle déposa à quelques centimètres de l'entrée close.

Le vieux monsieur nous fit remarquer que cette chenille, quoique fraîche et dodue, ce qui indiquait qu'elle devait être bien vivante, semblait engourdie, car elle gisait étendue là comme un bloc inerte. «Elle est, nous dit-il, dans un état analogue à celui d'une personne éthérisée: vie parfaite, mais complète insensibilité.»

Il la toucha, la piqua du bout d'un brin de paille, sans que le moindre frémissement se manifestât dans la masse charnue de la malheureuse larve.

«La cause de ce singulier effet? demanda l'un de nous.

—La mouche l'a piquée, et, soit qu'elle ait su trouver pour la blesser un nerf dont la lésion produit l'insensibilité de tout l'organisme, soit qu'elle ait fait couler dans la plaie une gouttelette de liqueur stupéfiante, cette chenille est littéralement en léthargie.

—Mais dans quel but?

—Patience, regardez.»

La mouche noire était tout occupée à tirer de côté, un à un, les petits blocs de pierre dont, un instant auparavant, elle avait fermé l'orifice de la galerie creusée par elle. La travailleuse, ne s'octroyant aucun répit, eut bientôt fait place nette. Puis elle revint vers la chenille, qu'elle saisit par la tête et qu'elle eut bientôt entraînée dans le souterrain, où elle disparut avec elle.

Pendant que nous attendions sa sortie:

«Tout ce que vous avez vu faire, nous dit le vieux monsieur, a été fait en vue d'un seul oeuf, que la mouche pond et fixe en ce moment sur le corps de la chenille.