«Le ver qui, dans quelques jours, naîtra de cet oeuf, animal carnassier par excellence, aura besoin d'une proie vivante. Cette proie, il la trouvera dans le corps de la chenille immobilisée par la piqûre de sa mère. Il s'en nourrira pendant la première période de sa vie. A la suite d'une métamorphose, il quittera l'obscur séjour pour la vie aérienne. A cette époque-là, la mère mouche sera morte depuis longtemps. De telle sorte qu'elle aura travaillé avec l'unique visée de venir en aide aux premiers besoins d'un enfant qu'elle ne doit pas connaître et qui ne la connaîtra pas. Savez-vous rien de plus touchant parmi les hommes, qui prétendent volontiers au privilège exclusif des sentiments désintéressés?

—La voilà! la voilà!»

Ces exclamations saluaient la réapparition de la mouche, qui, à peine sortie du trou, s'était déjà remise en devoir d'entasser de nouveau à l'entrée les rochers qu'elle avait laissés aux alentours.

Par-dessus les blocs, elle repoussa soigneusement le sable à l'aide de ses pattes, jusqu'à ce que rien, dans l'aspect de ce lieu, ne pût faire supposer qu'une cavité y avait été pratiquée.

Elle voltigea ensuite un instant au-dessus du tertre, comme pour s'assurer d'en haut qu'aucun indice ne divulguait l'existence du précieux dépôt confié par elle à ce coin de terre. Puis elle s'élança vers le ciel, où nous l'eûmes bientôt perdue de vue.

Pendant que nous la suivions encore du regard, le vieux monsieur était allé prendre dans un coin du jardin une de ces petites houlettes de fer qui servent à la transplantation, et l'ayant enfoncée obliquement un peu en avant du souterrain, il pesa sur le manche de l'instrument.

Le fer ramena au jour la chenille, au flanc de laquelle était attachée une mignonne perle blanche allongée.

«Voilà l'oeuf, fit le vieux monsieur; vous voyez, je vous le disais bien: tout ce travail pour une mouche à naître. Il n'y a qu'un oeuf, rien qu'un.

—Remettez-le! remettez-le!» criâmes-nous d'une commune voix, car cette idée nous eût été pénible à tous de réduire à néant l'oeuvre qui avait coûté tant de peine à la mouche noire.

Un nouveau petit trou fut donc creusé, dans lequel la chenille et l'oeuf qu'elle portait furent glissés délicatement, et dont on ferma rentrée avec grand soin, comme avait fait la mouche.