«Allons, allons! reprit brusquement M. Bidard d'une voix sourde, que nous ne lui connaissions pas encore, laissons tout cela. A vos bancs, Messieurs, et travaillons!»
Malgré ce formel commandement, nous restions tous immobiles, car aucun de nous ne pouvait se résoudre à croire sérieux l'étrange accueil que M. Bidard venait de faire à notre affectueuse démonstration.
Mais M. Bidard ajouta, en frappant deux ou trois coups d'une règle qu'il tenait à la main sur la caisse sonore de son pupitre: «Eh bien! ne m'a-t-on pas entendu?»
Il n'y avait plus alors le moindre doute à conserver sur ses dispositions.
L'instant d'après, chaque élève était assis à sa place habituelle, et la classe commençait comme à l'ordinaire.
Mais la blême consternation était sur tous les visages; mais toutes les poitrines étaient serrées par une froide angoisse. On eût dit de quelque réunion funèbre.
Chacun avait à côté de soi ce bouquet, sur lequel ses yeux tombaient navrés de regrets. Chacun semblait subir éveillé un cruel cauchemar.
Et au-dessus de toutes ces faces tristement ébahies, se montrait, effrayante de pâleur, la face en quelque sorte méconnaissable du vieillard, dont les muscles tendus, raidis par instants, étaient pris d'un frémissement. Ses regards, qui erraient lentement, avaient une lourde fixité. Il se redressait—mais comme par un pénible effort—beaucoup plus que de coutume. Sa main aussi tremblait, frémissait, car, lorsque la règle qu'il tenait venait à toucher le pupitre, nous l'entendions tressauter. Sa voix était comme un de ces mornes grondements du vent qui soupire pendant les froides nuits.
Nous osions à peine le regarder, et nous prenions peur à l'entendre.
Était-ce qu'il affectât ce jour-là une sévérité plus grande? Non.—Il nous demandait tour à tour nos leçons, comme il l'eût fait un tout autre jour. Si nous nous trompions en récitant, il nous reprenait sans plus d'impatience, sans plus d'exigence qu'à l'ordinaire.