—Dix minutes, après, il était profondément endormi.
Il venait de prendre la dose d'OPIUM qu'il buvait chaque soir.
Or, par une bizarrerie que l'effet et l'habitude constante de cet exalirant peuvent facilement expliquer, il avait fini par prendre l'existence factice qu'il se procurait au moyen de l'opium, ses créations si poétiques, si merveilleuses, ses délirants prestiges, ses ravissantes visions, pour sa vie vraie, réelle, dont le souvenir vague et confus venait étinceler par moment à son esprit, dans le jour, parmi des scènes affreuses, comme la conscience d'une journée de bonheur vient quelquefois dilater notre cœur, même au milieu d'un songe horrible.
Tandis qu'il considérait sa vie vraie, sa vie qu'il menait au milieu de ses brigands, du meurtre et du vol, à peu près comme un songe, un cauchemar pénible auquel il se laissait entraîner avec insouciance, et qu'il poussait machinalement à l'horrible, selon le besoin, le désir du moment, sans réflexion, sans remords, et même avec une secrète jouissance, comme ces gens qui se disent vaguement au milieu d'un rêve affreux...—Que m'importe... je me réveillerai toujours bien!
C'était en un mot—la vie renversée.
Le fantastique mis à la place du positif.
Un rêve à la place d'une réalité.
C'est obscur; je le sais.
Mais essayez de l'opium, et vous me comprendrez...
Croyez d'ailleurs un homme d'expérience.