C'était une liqueur épaisse, visqueuse, d'une teinte plus colorée, plus brillante que celle du café. Il paraît qu'elle était pour lui d'un bien haut prix, car ses yeux rayonnèrent d'une joie céleste quand il s'aperçut que le précieux flacon était encore aux trois quarts plein.
—Il le baisa avec onction et amour, comme on baise la main d'une vierge, et le déposa, non sur la vilaine table; oh! non, mais sur un petit coussinet de velours bleu, tout brodé d'argent et de perles...
Il tira aussi du coffret une petite coupe d'or et un assez grand flacon de même métal.
Mais, pendant toute cette cérémonie, il y avait, sur les traits de Brulart, autant de recueillement et d'adoration que sur le visage d'un prêtre qui retire le calice du tabernacle...
Et, ouvrant délicatement la petite fiole, il versa goutte à goutte la séduisante liqueur qui tombait en perles brillantes comme des rubis.
Il en compta vingt... puis il remplit la coupe d'une autre liqueur limpide et claire comme le cristal, qui prit alors une teinte rouge et dorée.
Et il porta la coupe à ses lèvres avides, but avec lenteur en fermant les yeux et appuyant sa large main sur sa poitrine; après quoi, il resserra coupe, flacon dans le petit coffre, et le petit coffre dans le grand bahut, avec la même mesure, le même soin, le même recueillement...
Et quand il se redressa, vous eussiez baissé les yeux devant ce regard inspiré... qui faisait presque pâlir la lumière de sa lampe: il était beau, grandiose, admirable ainsi; ses guenilles, sa longue barbe, tout cela disparaissait devant l'incroyable conscience de bonheur qui éclatait sur ce front tout à l'heure sombre et froncé... maintenant lisse et pur comme celui d'une jeune fille...
—Adieu, terre!... à moi le ciel...
Dit-il en s'élançant sur son lit.