—C'est à écarteler un brigand de cette espèce! Si on le rencontre...—reprit le lieutenant;—mais voyons, ne crains rien... raconte-nous ça en détail... veux-tu reboire, mon garçon?...

—Je n'y tiendrais pas... ce serait à m'évanouir... les jambes me flageolent déjà... heureusement j'ai mon vinaigre et mon éther....—s'écria le commissaire en se sauvant du carré de la frégate.

—Moi, je reste—dit le docteur—maintenant que le coup est porté... je n'en digérerai ni plus ni moins... je ne vous quitte pas, mon cher Pleyston....—ajouta-t-il en serrant le bras du lieutenant avec cordialité.

—Voyons maintenant... parle—reprit celui-ci; il s'adressait, en français, à un homme pâle, décharné, qui tremblait encore de frayeur et de froid.

C'était le Grand-Sec, que le Cambrian, frégate anglaise de quarante-quatre canons, avait rencontré sur une cage à poules, avec les deux négresses mortes, et que l'on avait humainement recueilli à bord le lendemain de son accident.

Il était temps, je vous assure.

La scène se passait dans le carré, ou grande chambre du bâtiment, et les interlocuteurs étaient, comme nous l'avons dit, le docteur et le lieutenant en pied de la frégate.

Le Grand-Sec reprit la parole en regardant toujours autour de lui, d'un air effaré:

—Oui, mon lieutenant, voici la chose... pour lors, il a volé le négrier, pris les nègres, le navire, a troqué le capitaine et l'équipage pour des noirs, et pour lors, finalement, l'a laissé dans une patrie ous'qu'on l'a dévoré lui et ses matelots... avec leurs pantalons, leurs souliers, leurs vestes, et tout; car ces gens-là est trop sauvage pour les avoir épluchés....

—Et ça devait être d'un dur...—fit le médecin....