—Taisez-vous donc, docteur...—reprit le lieutenant;—continue mon garçon....
—Pour lors, mon lieutenant, voilà que quand nous avons fait la chose de prendre le brick, notre capitaine à nous y porte son bazar, et s'y installe... bon... pour lors, voilà qu'un jour, on fait monter les noirauds pour chiquer leur ration d'air et de soleil... bon... pour lors voilà que lorsque les femelles s'affalent en bas pour rallier leur coucher... c'était, mon lieutenant, l'histoire de rire... pour lors j'en arrête une par les cheveux et je l'embrasse... bon... je la réembrasse... bon... mais pour lors, voilà... le... capit... aine (Grand-Sec tremblait encore à ce souvenir, et ses dents s'entre-choquaient), voilà le capit... aine... qui... me... voit... et comme... il... l'avait... dé... fendu, il me fait mettre à cheval sur une barre de cabestan avec des pierriers à chaque jambe... et puis après... amarrer sur une cage à poules avec les... deux....
Ici le pauvre garçon ne put continuer, et perdit connaissance.
—Allons, allons, docteur,... à votre pharmacie.
—Faites-le coucher, c'est moral, purement moral, de l'eau de fleur d'orange, des calmants....
—Je vous le laisse, mon ami—dit le lieutenant—je monte chez le Pacha[7] pour causer de tout cela avec lui....
Arrivé dans la batterie, le lieutenant Pleyston se dirigea vers l'arrière, dit deux mots à un factionnaire qui montait la garde près la porte de l'appartement du commandant, et entra.
Comme à bord de toutes les frégates, il traversa la salle du conseil, laissa la chambre à coucher à droite, l'office à gauche, et arriva dans la galerie ou salon situé sous le couronnement.
Là se trouvait le commandant, sir Edward Burnett.
Cette galerie avait tout à la fois l'air d'une bibliothèque et d'un musée, partout des peintures, des livres, des cartes, enfin un asile de savant et d'artiste. Couché sur un moelleux sopha, un jeune homme de trente ans, vêtu d'un élégant uniforme brodé... feuilletait un volume de Shakespeare... autour de lui, sur son tapis de Perse, étaient ouverts ça et là d'autres livres, Volney, Sterne, Swift, Montesquieu, Corneille, Moore, Byron, etc... et on voyait que le lecteur avait butiné ça et là une pensée, une idée, une anecdote... agissant en véritable épicurien qui goûte de tout avec choix et friandise.