WIL.
C'est donc une revanche que vous voulez... vous l'aurez... à vos ordres... mais nous ne jouerons pas tard, car j'ai ma fille un peu souffrante.
(Ils sortent.)
Cinq jours après cette conversation, le bonhomme Wil comptait, en soupirant un peu, dix piles de quarante gourdes chacune.... (Oh! dans ce doux pays les exécutions et les procédures marchent grand train, grâce à la justice coloniale.)
Mais la cabane du vieux Job était déserte....
Seulement deux ou trois petits enfants pleuraient assis à la porte, car le pauvre vieux Job, qui ne pouvait plus travailler, aimait à s'asseoir au soleil et à faire des jouets en bois de palmier pour tous les négrillons de son voisinage... qui sautaient de joie et battaient des mains à son approche... en criant:—Voilà le père Job... hé! bon Job....
Aussi ils pleuraient le vieux nègre, dont le cadavre se balançait, accroché au gibet de la savane, et qui ainsi ne coûtait plus rien à son maître.
Le lendemain de l'exécution, il était nuit, mais une nuit des tropiques, une belle nuit claire et transparente, inondée de la molle clarté de la lune.
Les noirs s'étaient agenouillés au dernier coup de cloche, car M. Wil, sa femme et sa fille leur avaient donné l'exemple, en commençant la prière commune à haute voix.
Et c'était un grand et noble spectacle que de voir le maître et l'esclave égaux devant le Créateur, se courbant ensemble, prier de la même prière sous la voûte azurée du firmament, toute étincelante du feu des étoiles.