Autour d'eux... pas le plus léger bruit... on n'entendait que la voix grave et sonore du colon, et par instant le timbre pur et argentin de celle de Jenny, qui répétait une phrase sainte avec sa mère.

Les palmiers agitaient en silence leurs grandes feuilles vernissées, et les fleurs du caféyer, s'ouvrant à la fraîcheur de la nuit, répandaient une senteur délicieuse.

Après la prière, les nègres allèrent se reposer ou errer dans les savanes, car on leur accordait cette permission.

Atar-Gull ne pouvait dormir la nuit lui....

Oh! la nuit, il aimait à errer seul, c'était l'unique instant où il pouvait quitter son masque d'humble et basse soumission, son doux et tendre sourire.

Il fallait alors le voir bondir, haletant, crispé, furieux, se rouler en rugissant comme un lion, et mordre la terre avec rage, en pensant aux outrages, aux coups de chaque jour!

En pensant à Brulart, qu'il espérait revoir tôt ou tard; au colon qui l'avait fait battre, et avait pour lui une pitié insultante, un attachement d'homme à bête, de maître à chien! Alors ses yeux étincelaient dans l'ombre, ses dents s'entre-choquaient.

Et voyez quelle puissance il avait sur lui-même!... avec ce caractère indomptable et sauvage, cette énergie dévorante, dans le jour, il souriait à chaque coup qu'il recevait, et baisait la main qui le frappait.

Il fallait pour arriver à ce résultat incroyable une idée fixe, arrêtée, immuable, à laquelle le nègre fait tous les sacrifices:

La vengeance!