Atar-Gull sourit plus que d'habitude en se rendant à son service.

C'était un ravissant réduit que la petite chambre de Jenny!

Oh voyait bien que la tendresse maternelle avait passé par là.—L'amour, l'idolâtrie que cette belle et douce fille inspirait à son père et à sa mère, étaient signés partout, dans les moindres détails, dans les plus minutieux arrangements de cet asile élégant et complet d'un véritable enfant gâté, comme on dit.

Suivant l'usage, aucune tapisserie ne cachait les murailles nues, mais l'enduit qui les couvrait était d'un stuc si pur, si poli, si luisant, qu'on l'eût dit du plus beau marbre de Paros....

Dans le fond se dressait un petit lit de bois de citronnier, blanc, virginal, entouré d'une gaze transparente, soutenue par quatre colonnettes de cuivre ciselé.

Et puis, tout autour de l'appartement, on avait disposé des caisses d'acajou, assez profondes, supportées sur des pieds de bronze et remplies d'une foule de ces beaux camélias sans odeur que l'on peut conserver près de soi, pendant la nuit...

Enfin de jolies chaises, tissées d'une précieuse écorce d'arbres, reposaient sur une natte faite des joncs les plus fins et les plus variés dans leurs couleurs vives et brillantes qui l'émaillaient comme un parterre.

Le jour n'arrivait que faible et douteux au travers des jalousies, des persiennes et des stores de soie... seulement la fenêtre était entr'ouverte à cause de la chaleur.

Il régnait dans cette jolie pièce je ne sais quelle suave et douce senteur, quel parfum de jeune fille, quel aspect candide, qui réjouissaient l'âme.

Ce petit lit, si frais, si blanc, ces murs polis et ces fleurs étincelantes, cette douce obscurité, cette harpe silencieuse, ces vêtements de fête jetés çà et là, ce petit miroir et cette croix sainte, ces rubans et ce rameau béni, ces simples bijoux, en un mot tous ces riens qui sont si précieux pour une jeune fille, tout cela disait une vie de bonheur, d'innocence et d'amour...