—Ah! maman... tu pleures... mon Dieu, t'aurais-je fait de la peine?...
Et Jenny, les yeux suppliants, les mains tendues, regardait sa mère avec anxiété.
—Cher, cher enfant adoré...—murmura madame Wil, en couvrant sa fille de ces baisers maternels qu'on paierait par des années de souffrance... quand on n'a plus de mère!...
Cette expansion un peu calmée, madame Wil se retira en ordonnant à sa fille de dormir encore un peu...
—Je dors, maman—répondit-elle en s'étendant sur son lit et en fermant tout-à-coup ses beaux yeux; mais un malin sourire qui errait sur sa bouche dévoilait son vilain mensonge.
La porte de la chambre de sa mère se referma...
Alors Jenny ouvrit un œil attentif, puis l'autre, dressa sa jolie tête... son corps... écouta... les yeux grands, grands ouverts, comme ceux d'une jeune biche aux aguets, et n'entendant rien, fut d'un bond auprès d'un petit meuble surmonté d'une glace.
Puis elle prit, dans ce meuble, des rubans, des fleurs, de la gaze... et chantant à demi-voix la chanson que Théodrick aimait tant, elle essayait la coiffure qui plaisait aussi à Théodrick.
—Voyons—disait-elle—il faut qu'aujourd'hui je me fasse belle; mais demain... oh! demain.... Quel beau jour... quel bonheur... et pourtant le cœur me bat bien fort quand j'y pense, mais ce n'est pas de frayeur... non... je ne crois pas... Ô mon Théodrick! serai-je bien comme cela, dis?...
Et elle s'approchait si près, si près du petit miroir, pour juger de l'effet de la fleur, de la gaze qui devaient tant plaire à son amant, que sa pure et fraîche haleine ternit, d'une légère vapeur, la surface brillante de la glace...