RENCONTRE.
—Allons, allons, que diable, un peu de courage, monsieur Wil.—disait le docteur au silencieux et taciturne colon.—Prenez un peu sur vous, je sais que tout cela est affreux, mais enfin ça est, ainsi soyez raisonnable; si le temps nous favorise, dans un mois nous serons à Portsmouth; depuis cinq jours que nous avons quitté la Jamaïque, le temps nous favorise... la brise est faite, nous entrons dans les vents alisés... et tenez, un beau temps, un beau ciel, une mer comme celle-ci, ça donne espoir et courage.... Quant à votre infirmité, ça ne peut pas durer, votre mutisme cessera... c'est une émotion forte qui l'a causé, il y a toujours du remède.—Ainsi parlait le bon et jovial docteur du Cambrian, en montrant à M. Wil le sciage rapide de la frégate, qui prouvait la vérité de son assertion, car ils étaient assis sur le couronnement et passaient le temps à faire ce que d'aucuns font si souvent à bord, à regarder passer l'eau.
Le colon tendit les mains au docteur, le remercia d'un regard, et secoua tristement la tête en montrant le ciel et en s'essuyant les yeux au souvenir de sa femme et de sa fille.
Et le docteur allait recommencer toutes ses banales consolations, quand Atar-Gull parut sur le pont, portant une petite théière....
—Tenez, maître—dit-il respectueusement au colon—voici le tilleul et le tamarin qu'on vous a ordonnés.
M. Wil fit signe qu'il n'avait pas soif.
—C'est égal, maître—dit le noir, avec cette intonation grondeuse qui sied si bien aux serviteurs dévoués—c'est égal... ça vous fera du bien... n'est-il pas vrai, monsieur le docteur?
—Certainement... buvez... buvez, monsieur Wil.
Et le colon but la potion, forcé d'obéir à cette coalition de volontés, et remercia du geste son fidèle serviteur.