—Arthur....—lui dit-elle en se plaçant sur un doux sopha—j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer... venez près de moi... mais ne tremblez pas comme toujours....

Le jeune homme n'osait lever les yeux, et son cœur battait bien fort....

—On vous accorde un congé de trois mois pour vous rétablir, et après vous viendrez prendre possession de votre nouveau grade... ces trois mois—ajouta-t-elle à voix basse—nous les passerons... à ma terre... le voulez-vous?...

Arthur pâlissait et restait muet... il ne pouvait croire à tant de bonheur.

—Comme vous n'avez ni parents, ni amis, j'ai cru pouvoir prendre cette décision sans vous consulter.... Allons, Arthur, ne tremblez donc pas ainsi... ne suis-je pas votre amie... votre mère... pauvre enfant?...

Elle prit la main du jeune homme en l'attirant près d'elle....

—Oh! oui—dit-il en tombant à ses genoux—oh! oui, vous êtes tout pour moi... vous êtes la seule qui m'ayez témoigné de l'intérêt.... Je vous aime de toute la tendresse que j'ai dans le cœur, je vous aime comme une mère, comme une sœur, comme une amie; ô vous... toujours vous... vous serez mon Dieu, ma religion, ma croyance....

Et Arthur hors de lui baisait les genoux, les mains, les pieds de la jeune femme, dont le sein palpitait... et qui disait d'une voix émue...—Arthur,... mon enfant... je crois à votre reconnaissance... j'y crois... finissez... Arthur....

Et il se trouvait à la terre de sa protectrice.

C'étaient de fraîches eaux, d'épais ombrages, une solitude profonde, un parc entouré de hautes murailles, pas d'autres valets qu'une vieille gouvernante dévouée et un jardinier sourd.