Impossible... il était trop tard....
Le grand mât résista, à peine deux secondes, plia... cria... se rompit avec un bruit éclatant, brisa le gréement qui se tenait du côté du vent, tomba sur le bastingage du babord... et de là dans la mer, en entraînant les haubans, qui l'attachaient toujours au navire.
Ce qu'il y avait d'horrible dans cette position, c'est que ce mât, poussé par les lames furieuses, allait et revenait contre le brick auquel il tenait encore par une partie de ses manœvres, et, agissant comme un bélier sur ses flancs, menaçait d'y faire une trouée qui l'eût coulé à fond.
Une seule chose restait à faire, c'était de couper les cordages qui liaient cette poutre au brick[5].
—Il n'y a pas à balancer, c'est dangereux, mais il y va de notre peau—dit Benoît, en s'amarrant aussitôt au bout d'une manœuvre, et d'un saut il fut à cheval sur le bastingage, sa hache à la main.
—Catherine et Thomas—dit le brave homme, en enjambant le plat-bord—c'est pour vous....
Il s'élança....
Mais une main de fer saisit la corde au moment où il allait sauter, et le digne Benoît fut un instant suspendu en l'air, puis halé à bord par son ami Simon.
—Ah! gredin—s'écria Benoît—tu veux donc faire sombrer le brick? et il dirigea sa hache sur Simon, qui évita le coup....
—Diable! vous devenez vif, capitaine, je voulais vous dire que ce n'est pas là votre place.... Pour cette besogne vous ne verriez pas assez clair, Catherine et Thomas vous brouilleraient la vue....