Oui! vous saurez que le cachot le plus noir, le plus infect, le plus horrible... eût été un palais, un louvre pour le colon auprès de cette chambre froide et propre....
Oui! vous saurez que les tortures les plus lentes et les plus affreuses, la mort la plus cruelle eussent été des délices ineffables pour le colon, auprès de la soumission humble et attentive de son esclave!
Jugez:
La somme que M. Wil avait réalisée s'était trouvée tellement modique qu'elle ne put, on le sait, le faire subsister en Angleterre, et qu'il fut obligé de prendre la résolution de venir habiter Paris....
Comme il cherchait une rue sombre, retirée, pour s'y loger à bon compte, le maître de la modeste auberge où il était descendu l'adressa rue Tirechape.
Wil, dont la tristesse et la mélancolie s'augmentaient de jour en jour, insouciant et chagrin, prit ce logement parce que ce fut le premier qu'il vit.
Il était bien malheureux, et pourtant les soins d'Atar-Gull faisaient parfois luire une larme de bonheur dans ses yeux, et le dévoûment incroyable de cet esclave le reposait un peu des horribles souvenirs de la Jamaïque.
Le zèle du noir ne se démentit pas pendant les deux premiers mois du séjour de M. Wil à Paris; seulement il usa d'une adresse prodigieuse pour éloigner toutes les personnes qui auraient pu s'approcher de son maître, ce qui lui fut d'autant plus facile que le colon n'entendait pas un mot de français, et qu'Atar-Gull ne savait de cette langue que juste ce qu'il fallait pour demander les objets de première nécessité.
Bientôt je ne sais quelle banqueroute diminua tellement la modique existence du colon que son mince revenu ne lui eût pas suffi, si Atar-Gull, en faisant dans le jour quelques commissions, en rendant de légers services aux locataires, n'eût pas augmenté un peu le bien-être de M. Wil, à la grande édification du voisinage et du quartier.
Or, M. Wil n'avait d'autre distraction que quelques rares promenades qu'il faisait, appuyé sur le bras d'Atar-Gull, et le temps qu'il employait, le pauvre homme, à écrire une relation de ses malheurs, dans laquelle il ne tarissait pas d'éloges sur la belle conduite de son esclave et sur les admirables soins qu'il lui prodiguait, surtout depuis son séjour en France....