LE BAPTÊME.

Quelques jours après la visite du médecin dont nous avons parlé, toute la maison de la rue Tirechape était en émoi, un inconcevable bourdonnement allait, venait, montait d'étage en étage, et dominant sur le tout, on entendait glapir la voix aigre de la portière... gourmandant les uns et les autres:—Un tas de curieux imbéciles—disait-elle—qui ne laisseraient pas ce pauvre cher homme mourir en paix.

En effet, M. Wil était au plus mal; à la suite d'un long accès de démence, sa paralysie s'était portée sur l'estomac, et il se trouvait dans un effrayant état de faiblesse et de stupeur.

Les fenêtres de sa chambre avaient été ouvertes par l'ordre du médecin, car l'odeur des potions, des drogues, épaississait encore l'atmosphère morbide de cet appartement.

Debout au pied de son lit se tenait Atar-Gull, ses yeux constamment fixés sur les yeux du mourant....

Il ne voulait pas perdre un seul de ses regards....

Et une inconcevable expression de tristesse ridait le front du nègre... il voyait sa proie lui échapper, sa victime mourait.

Oh! qu'il eût donné la moitié des jours qui lui restaient pour prolonger d'autant l'existence du colon! Mais Dieu est juste....

Dans un autre coin de la chambre, le docteur était assis, pensif, quelquefois il levait la tête et contemplait Atar-Gull avec admiration....

—Voilà donc—disait l'Esculape—ces êtres auxquels, dans notre froid et cruel égoïsme, nous refusons presque le nom d'hommes... que nous reléguons à l'affreuse condition d'esclaves, de bêtes de somme.... Et pourtant voyez celui-ci... quelle délicatesse de dévoûment! quels soins attentifs... pauvre homme, quelle tristesse est empreinte sur son front, quelle anxiété dans ses regards... oh! il ne le quittera pas de l'œil un seul moment.... Ô humanité!... humanité!... que tes jugements sont faux... que tes préjugés sont cruels.