»Mais bientôt, messieurs, toute espérance fut détruite, et le ministre de Dieu vint apporter ses saintes consolations au malheureux... disons plutôt à l'heureux colon; car c'est encore du bonheur, même au milieu des plus cruelles infortunes, que de trouver un ami, un frère, un fils tel qu'Atar-Gull.
»Mais voyez, messieurs, combien une âme noble et élevée, sous quelque enveloppe qu'elle soit, a de secrètes affinités avec une religion dont la portée est si haute et si puissante: c'est au nom de notre religion à nous, de la religion du Christ, que ce noir, abjurant son idolâtrie, demande la vie de son maître!!!
»Ah! messieurs, laissez couler mes larmes, elles sont bien douces, je vous assure... et n'y a-t-il pas un plus touchant, un plus noble tableau que celui-ci... un pauvre nègre, devinant comme par l'instinct d'une âme aimante tout ce qu'il y a de consolation et d'espérance dans une religion qu'il ignore pourtant, mais dont l'idée confuse vient apparaître à son esprit comme ces saintes et mystiques visions qui venaient soudain éclairer nos Pères de l'Église.
»Enfin, messieurs, comme pour compléter, pour clore dignement cette vie tout entière consacrée au dévoûment pour son semblable, Atar-Gull, instruit dans notre religion, s'est fait baptiser, et nous comptons un chrétien de plus.
»Ce qui a décidé, messieurs, la commission à attirer sur cet homme estimable les regards et la reconnaissance de la société, c'est cette grandeur d'âme, cette élévation de caractère qui ont été assez puissantes chez Atar-Gull pour faire surmonter toute haine primitive.
»Oui, messieurs, car chez un de nos concitoyens, élevé dans nos mœurs, dans nos habitudes, dans nos lois, une pareille conduite serait déjà digne des plus grands éloges, digne des plus hautes récompenses.
»À quelle hauteur sera-t-elle donc élevée, cette action, messieurs! quand vous songerez que cet homme à demi sauvage, livré à toute l'impétuosité de ses passions, sans instruction, sans croyance, sans frein, a oublié l'affreuse distance que le fouet et la cruauté des colons avaient mise entre lui et un blanc, pour se vouer corps et âme au service de ce blanc et lui prouver une affection toute filiale!
»Alors, messieurs, je le crois, vous ne pouvez que ratifier le jugement de la commission, et vous écrier avec nous: Si l'âme généreuse de M. de Montyon prend encore quelque connaissance de ce qui se fait sur la terre, elle doit être heureuse et satisfaite, car nous avons eu le bonheur de concilier les deux idées qui l'occupèrent pendant toute sa vie, et auxquelles en mourant il a consacré toute sa fortune:
»Faire du bien aux infortunés et exciter à leur en faire tous ceux qui en ont la possibilité.
(Applaudissements prolongés.)