parisien, s. m. Sottise la plus grande, la plus injurieuse à un matelot. Désignation, dans les bâtiments, d'un pauvre sujet, et quelquefois d'un mauvais sujet....
Villaumez.—Dict. de marine, 438.


I.

Mathieu Guichard était fils de Jean Guichard, serrurier, dans la rue Saint-Benoît.

Mathieu Guichard avait environ dix-sept ans; il était d'une taille moyenne, maigre, nerveux et pâle; ses yeux étaient gris, ses cheveux châtain clair et soyeux; sa figure annonçait un singulier mélange d'astuce et de niaiserie, d'insolence et de vivacité; son teint plombé, hâve, avait cette couleur étiolée, maladive, flétrie, particulière aux enfants de Paris nés dans une classe pauvre et laborieuse. Voilà pour le physique de Mathieu Guichard.

Au moral, si toutefois Mathieu avait un moral, Mathieu était insolent, moqueur, taquin, lascif, paresseux et gourmand; sournois et rageur, parce que la force physique lui manquait; ni incrédule, ni croyant, ni sceptique, mais indifférent en diable en matière de religion, et n'invoquant jamais le nom de Dieu que d'une manière si détestable, qu'il eût mieux valu ne pas l'invoquer du tout. Mais, en vérité, il ne faut pas en vouloir au pauvre enfant; les premiers mots que son père, Jean Guichard, ancien canonnier, lui apprit à bégayer, furent des jurons les plus épouvantables qu'on puisse imaginer.

Ceci était le délassement, la joie du vieux soldat; le soir, après sa journée de fatigue, il trouvait un souverain plaisir à s'asseoir auprès de sa forge éteinte, et là, mettant Mathieu sur son rude tablier de cuir, il s'amusait comme un bienheureux à entendre des blasphèmes de renégat sortir de cette bouche enfantine, et il répondait à sa femme, qui osait quelquefois parler de prières, de bonne Vierge et d'Enfant Jésus:—Je n'ai été ni baptisé, ni n'ai communié, ni rien du tout; je ne t'ai épousée qu'au civil, et je ne veux pas que mon fils soit un calotin et un jésuite.

Or, Mathieu ne trompait point les vœux de son excellent père: il ne fut pas jésuite, le digne enfant!

À dix ans il donnait des coups de pied à sa mère, insultait les vieillards, volait des clous pour les aller vendre, ne faisait rien à l'établi, recevait de glorieuses gourmades de monsieur son père, et passait des journées dehors.

À douze ans, Mathieu avait, comme on dit, connu l'amour, cassé des carreaux, battu la garde, et était devenu un des coryphées de l'amphithéâtre de l'Ambigu et des Funambules. Le cours de ces énormités ne fit que s'augmenter, et le torrent de ces désordres devint tel, qu'il menaçait d'engloutir la réputation, l'honneur et les économies de Jean Guichard, qui, en manière de digue, avait en vain opposé audit torrent une multitude de bâtons d'orme ou de frêne, qui s'étaient brisés en éclat sur le dos de Mathieu, sans rien changer à ses habitudes de forcené. Mais, heureusement, Jean Guichard se souvint d'une naïve tradition populaire assez commune en France, et surtout à Paris, qui consiste à regarder la marine comme une espèce de bagne ou d'égoût dans lequel on peut jeter toutes les fanges sociales. Ainsi, qu'un fils de famille commette quelqu'une de ces ravissantes sottises qu'on ne fait malheureusement qu'à l'aurore de la vie, les grands parents s'assemblent, et prononcent avec gravité qu'il faut embarquer le don Juan, et l'envoyer aux îles pour manger de la vache enragée. Si un polisson des rues, devenu l'effroi du quartier, ne met plus aucun terme à ses débordements, après l'avoir menacé du commissaire, de la prison, des galères, on finit cet effrayant crescendo en disant: Il n'y a qu'à le faire mousse. Ce qui ne laisse pas de prouver qu'il était généralement au fait de cette profession. Or, un matin, le père Guichard entra dans la mansarde de son fils, qui, par je ne sais quel hasard ou quel dérèglement de conduite, se trouvait avoir couché sous le toit paternel.